Aucune blessure n’est irreversible. On peut transformer ses meurtrissures en force

– Je ne sais pas si tu te souviens de mon métier, mon ange… Lorsque tu m’avais demandé ce que faisais, je t’avais répondu que j’étais docteur, mais un docteur un peu spécial qui soignait les blessures de l’âme. C’est difficile à expliquer : les gens viennent me voir lorsqu’ils souffrent à l’intérieur. Ils souffrent parce qu’ils ont subi des épreuves qui leur laissent des plaies au coeur. Ce sont des douleurs difficiles à soigner…
Le médecin sembla chercher ses mots avant de poursuivre :
– Souvent, ces personnes se sentent fautives de quelque chose, même si elles ne sont coupables de rien. Mon métier, c’est de les convaincre qu’on peut renaître de ses souffrances. Aucune blessure n’est irreversible. J’en suis profondément convaincu. On peut transformer ses meurtrissures en force. Ce n’est pas quelque chose de magique. Ca prend du temps. Souvent, on ne guérit pas totalement. La douleur ne disparait jamais vraiment. Elle reste tapie au fond de nous, mais elle nous laisse revenir à la vie et continuer notre chemin. Je sais que ce n’est pas facile à comprendre, mais tu es une petite fille intelligente.

Guillaume Musso
Parce que je t’aime
Pages 91 et 92
Pocket
Parce que je t'aime
 

Cet impôt était dit de « capitation ». On l’appelait aussi « le prix de l’âme ».

Chaque année, il appartenait aux chefs de province (devenus chefs de canton depuis la réforme administrative et la destitution du roi) de collecter, pour le compte de l’administration coloniale, l’impôt levé sur les populations. Il y allait de leur poste. Cet impôt était dit de « capitation », c’est à dire calculé en fonction du nombre de « têtes » à l’intérieur de chaque famille. C’était bien la forme la plus injuste d’imposition puisqu’une famille, qu’elle soit riche ou pauvre, était taxée uniquement en fonction du nombre de ses membres. On l’appelait aussi « le prix de l’âme ». Celui qui était incapable de s’en acquitter ne pouvait vivre en paix : ou bien il était jugé et emprisonnée, ou bien, pour se procurer la somme nécessaire, il était obligé de vendre ou de mettre en gage ses biens s’il en avait, sinon ses propres enfants – coutume qui, hélas, se généralisa à l’époque.

Amadou Hampâté Bâ
Amkoullel, l’enfant Peul
Mémoires
(Page 84)
Éditions BABEL
amkoullel l'enfant Peul
 

Elle connaissait l’épanouissement du masochiste qui se laisse attacher

Pour la première fois, elle rencontrait le bonheur de la soumission. Car si le jeune homme ne la pénétrait pas physiquement, il la dominait intellectuellement ; à être manipulée, elle connaissait l’épanouissement du masochiste qui se laisse attacher. La violence de son âme trouvait son exutoire. Alors que cet être tourmenté avait sa vie durant, joué les dures et fortes femmes, elle découvrait enfin sa véritable nature : esclave.

Eric-Emmanuel Schmitt
L’empoisonneuse
(Page 45)
Editions Albin Michel
Concerto à la mémoire d'un ange
 

Oui enfin quoi… c’est un baisodrome

Le Chantesprit tous conforts, seul établissement de cette classe à cent kilomètres à la ronde, drainait dans ce périmètre, parmi les couples en train de se former, de se reformer ou de se transformer, suffisamment d’âmes délicates – et argentées – pour qu’il fût nécessaire de retenir sa chambre un mois à l’avance. Même les terribles fins de semaine, séparatrices des amants, ne modifiaient par le chiffre d’affaires de Chantesprit. Depuis dix ans, tous les jours, on y refusait du monde.

« Oui enfin quoi… Tranchons le mot : c’est un baisodrome », se dit Laviolette avec sa navrante logique.

Pierre Magnan
Le tombeau d’Helios
Fayard
Le tombeau d'Helios