Il ne voyait pas combien je travaillais dur, car le « boulot des femmes » au foyer devient visible uniquement quand il n’est pas fait

Il ne comprenait pas. Il ne voyait pas combien je travaillais dur, car le « boulot des femmes » au foyer devient visible uniquement quand il n’est pas fait.

Katarina Mazetti
Le caveau de famille
(page 192)
Gaïa éditions
Le caveau de famille

 

 

J’ai éclaté de rire. Elle s’est mise à pleurer.

Pour finir, Arvid a été autorisé à quitter l’hôpital. Il pouvait marcher tout seul, mais il avait une démarche d’un vieil homme. Ses mâchoires en revanche fonctionnaient à merveille.
– On peut aller à la crèche maintenant ? a-t-il dit ? S’il te plait papa, s’il te plait ? Je veux raconter à Lina ! Elle s’est seulement fait écraser par un vélo, elle !
J’ai éclaté de rire.
Désirée s’est mise à pleurer.

Katarina Mazetti
Le caveau de famille
(pages 187 et 188)
Gaïa éditions
Le caveau de famille

 

 

Ils ont apparemment été impressionnés par son zèle maniaque

Alors que le petit Nils s’est jeté dans la pagaille rempli de coussins avec un hurlement de bonheur, Arvid est resté près du mur à regarder passivement les autres enfants jouer.

J’ai été jusqu’à imaginer qu’il avait déjà adopté la philosophie moraliste de Benny. C’est quoi ces balivernes et ces futilités ? N’y-a-t-il personne pour travailler ici ?

Quand ils lui ont proposé de tisser des petits bouts de tapis, il s’est calmé. Ensuite ils n’ont pas pu l’arrêter, il tissait les tapis à la chaîne comme un pauvre enfant esclave en Asie. les autres mômes le regardaient avec de grands yeux, ensuite ils ont apparemment été impressionnés par son zèle maniaque et ont voulu tisser, eux aussi. A la fin, toute la crèche s’était transformée en usine à tapis, le personnel n’arrivait plus à faire sortir les mômes au bac à sable, tout le monde craignait une visite de l’inspecteur du travail…

Katarina Mazetti
Le caveau de famille
(page 173)
Gaïa éditions
Le caveau de famille

 

 

Il n’y a rien de plus stressant qu’être parents d’enfants en bas âge

Bref : il n’y a rien de plus stressant qu’être parents d’enfants en bas âge. Si, peut-être travailler dans la tour de contrôle d’un aéroport international. Avec du brouillard et l’espace aérien rempli de jumbo-jets. Mais même les aiguilleurs du ciel rentrent chez eux prendre du repos pendant quelques heures.

On ne sait pas cela quand on décide d’avoir des enfants, et tant mieux. Parce qu’on ne sait pas non plus qu’on est tous capables d’un tel amour inouï, on n’y est pas préparé. Subitement grâce à eux, la vie prend toutes ses dimensions.

Katarina Mazetti
Le caveau de famille
(page 164)
Gaïa éditions
Le caveau de famille

 

 

Ils devraient remercier leur bonne étoile d’avoir eu la vie sauve. Elle avait la fourche à la main

Je pense qu’on étaient absolument éreintés mais heureux cet été-là. On était en bonne santé, Nils se trouvait entre la période coliques et la période otites et il dormait bien la nuit, elle n’avait pas besoin d’aller travailler en ville et c’était l’été. Je ne me rappelle qu’une seule fois où elle s’est fâchée tout rouge. Deux propriétaires de chevaux qui voulaient acheter du foin étaient arrivés dans la cour avec leur BMW bleu nuit quand elle sortait de l’étable. Moi, j’étais parti bosser sur une parcelle quelque part.
Ils ont demandé en la regardant comme si elle n’existait pas :
– Il n’y a personne ?
– Si, il y a moi, a-t-elle répondu, un peu surprise.
– Aha, mais le propriétaire ?
– Je suis une des propriétaires.
– Ah bon, oui, mais quelqu’un qui travaille ici ?
Là, elle a commencé à se fâcher.
– Je travaille ici ! Je viens de traire les vaches !
– Aha… mais… un homme ! ont-ils fini par dire.
Ils devraient remercier leur bonne étoile d’avoir eu la vie sauve. Elle avait la fourche à la main.

Katarina Mazetti
Le caveau de famille
(page 160)
Gaïa éditions
Le caveau de famille

 

 

C’est comme si j’avais épousé un galérien et que je m’étais enchaînée à la rame d’à côté

Quand les labours de printemps ont commencé, c’en était évidemment fini de l’idylle. C’est le moment où on est sur le tracteur pratiquement vingt-quatre heures sur vingt-quatre, on n’est pas bon à grand chose, quand on rentre les jambes flageolantes tard le soir. La Crevette était tout aussi épuisée, deux enfants en bas âge et la pleine responsabilité de la traite. Et une fois qu’on avait lâché les bêtes dans les prés, il arrivait aux veaux de s’échapper, la nuit la plupart du temps. Ils meuglaient et farfouillaient autour de la maison et je devais réveiller la Crevette ; on se levait pour les remettre au pâturage, elle le regard brouillé de fatigue, le visage gonflé de sommeil avec l’empreinte nette d’un coin d’oreiller sur la joue. Je me rappelle qu’elle disait : « C’est comme si j’avais épousé un galérien et que je m’étais enchaînée à la rame d’à côté… »

Katarina Mazetti
Le caveau de famille
(pages 158)
Gaïa éditions
Le caveau de famille
 

Ce qu’on est obligé de supporter, on peut tout aussi bien apprendre à l’aimer

– Dix heures ? a-t-elle dit d’une voix assez pointue.

– Après tu liras avec une lampe de poche sous la couverture. Je me lève à cinq heures et demie, moi.

Elle pouffa.

– Tu sais, c’est comme ça que les livres sont les meilleurs.

Voyez, un petit nuage de perturbations que nous avons réussi à dissiper en bonne intelligence. C’était prometteur pour l’avenir. Ce qu’on est obligé de supporter, on peut tout aussi bien apprendre à l’aimer.

Et j’allais l’avoir auprès de moi, toutes les nuits. En réalité, elle aurait pu installer un système d’éclairage digne d’une patinoire de hockey sur glace, je me serais quand même endormi heureux comme un pape tous les soirs. Avec un masque sur les yeux, s’il le fallait.

Katarina Mazetti
Le caveau de famille
Pages 71 et 72
Gaïa éditions
Le caveau de famille
 

Quand ils sont amoureux, les gens dégringolent à un Q.I. de 72

Quand ils sont amoureux, les gens dégringolent à un Q.I. de 72 environ, c’est ma théorie. Assez élevé pour pouvoir aller tous seuls aux toilettes et ne pas se faire arrêter par la police dans la rue, mais pas trop bas pour qu’on puisse accorder une quelconque confiance dans leur jugement.

Katarina Mazetti
Le caveau de famille
Page 35
Gaïa éditions
Le caveau de famille
 

Le gougnafier qui cherche à se faire consoler après un faux pas

Il m’a semblé qu’elle me regardait avec insistance, et j’ai pondu une fable comme quoi j’avais trébuché dans le grenier à foin et m’étais éclaté le genou, j’en ai rajouté pour me faire plaindre. Le gougnafier qui cherche à se faire consoler après un faux pas. Mais ça fonctionne toujours, l’infirmière en elle a pris le dessus et elle a examiné mon genou d’un air professionnel, a fait un bandage de soutien en déclarant que ce n’était qu’une petite entorse de rien du tout.

Katarina Mazetti
Le caveau de famille
(Pages 16 et 17)
Gaïa éditions
Le caveau de famille
 

Quelque part, quelque chose se mit à faire terriblement mal

Ensuite nous avons cessé de faire l’amour. Ça devenait trop compliqué. Ça faisait seulement mal dans le cœur.
Et alors il ne resta pas grand-chose. Parce que telle qu’était la situation il n’y avait plus de moments de complicité, il nous fallait sans cesse rehausser nos barricades.
Ça s’est terminé là où ça avait commencé, au cimetière. Nous y sommes allés ensemble un jour pour soigner nos tombes côte à côte.
Soudain Benny demanda : « Est-ce que tu crois que toi et moi, on se retrouvera un jour sous la même pierre ? » Il regarda la mienne, l’air de réfléchir.
Je regardai la sienne avec frisson.
– Sous laquelle des deux ? C’est ça, la question, dis-je.
– Parce que moi, je ne le crois pas ! dit Benny.
Il fallu un moment pour que ça m’atteigne. Il ne croyait plus en nous. Plus maintenant et plus jamais.
Quelque part, quelque chose se mit à faire terriblement mal.

Katarina Mazetti
Le mec de la tombe d’à côté
(page 227)
Babel
Le mec de la tombe d'a cote