Aucune blessure n’est irreversible. On peut transformer ses meurtrissures en force

– Je ne sais pas si tu te souviens de mon métier, mon ange… Lorsque tu m’avais demandé ce que faisais, je t’avais répondu que j’étais docteur, mais un docteur un peu spécial qui soignait les blessures de l’âme. C’est difficile à expliquer : les gens viennent me voir lorsqu’ils souffrent à l’intérieur. Ils souffrent parce qu’ils ont subi des épreuves qui leur laissent des plaies au coeur. Ce sont des douleurs difficiles à soigner…
Le médecin sembla chercher ses mots avant de poursuivre :
– Souvent, ces personnes se sentent fautives de quelque chose, même si elles ne sont coupables de rien. Mon métier, c’est de les convaincre qu’on peut renaître de ses souffrances. Aucune blessure n’est irreversible. J’en suis profondément convaincu. On peut transformer ses meurtrissures en force. Ce n’est pas quelque chose de magique. Ca prend du temps. Souvent, on ne guérit pas totalement. La douleur ne disparait jamais vraiment. Elle reste tapie au fond de nous, mais elle nous laisse revenir à la vie et continuer notre chemin. Je sais que ce n’est pas facile à comprendre, mais tu es une petite fille intelligente.

Guillaume Musso
Parce que je t’aime
Pages 91 et 92
Pocket
Parce que je t'aime
 

Faut lever le pied, docteur Dusseldorf, relâcher la pression et pas vous donner trop d’importance, sinon vous n’allez pas pouvoir continuer ce métier longtemps

– Faut pas tirer une tête pareille, docteur Düsseldorf. Écoutez, je vais vous parler franchement parce que moi, j’ai toujours été très correct sur le plan médicaments et vous, vous avez été impeccable sur le plan maladie. Arrêtez les airs coupables. Ce n’est pas votre faute si vous êtes obligé d’annoncer des mauvaises nouvelles aux gens, des maladies aux noms latins et des guérisons impossibles. Faut vous détendre. Vous décontracter. Vous n’êtes pas Dieu le Père. Ce n’est pas vous qui commandez à la nature. Vous êtes juste un réparateur. Faut lever le pied, docteur Düsseldorf, relâcher la pression et pas vous donner trop d’importance, sinon vous n’allez pas pouvoir continuer ce métier longtemps.

Eric-Emmanuel Schmitt
Albin Michel
Oscar et la dame en rose
 

Pourquoi ? C’est réservé aux mineurs ?

– Momo, c’est très bien d’aller chez des professionnelles. Les premières fois, il faut toujours aller chez des professionnelles, des femmes qui connaissent bien le métier. Après quand tu y mettras des complications, des sentiments, tu pourras te contenter d’amateurs.

Je me sentais mieux.

– Vous y allez, vous, parfois rue du Paradis ?

– Le paradis est ouvert à tous.

– Oh, vous me charriez monsieur Ibrahim, vous n’allez pas me dire que vous y allez encore à votre âge !

– Pourquoi ? C’est réservé aux mineurs ?

Là, j’ai sentie que j’avais dit une connerie.

Eric-Emmanuel Schmitt
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran
Albin Michel
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran