Elle se recentrait déjà sur son cancer à elle, virtuel, un ersatz de l’autre, un cancer de son cancer

Blanche, la gorge serrée, resta sans paroles. Puis elle posa sa main sur celle de Jeanne.
« Tu vois », dit cette dernière, « Cela m’est égal de mourir. Mais j’aurais bien aimé vivre jusqu’à cinquante ans pour pouvoir élever mes enfants ».
Le silence, à nouveau, s’installa.
Comment l’aider à cet instant ? Que dire ?
Nous sommes ensemble et éloignées, déjà, pensa Blanche. Jeanne allait-elle mourir ?
Blanche vivrait un peu plus longtemps, sans doute. Plus longtemps ? Comment en être sûre ? Et si elle aussi…
Comment l’aider ?

Elle se recentrait déjà sur son cancer à elle, virtuel, un ersatz de l’autre, un cancer de son cancer, cancer de son âme, si pétrie d’un souci de soi qui confinait à une espèce d’autolâtrie naïve, elle ne pouvait écouter Jeanne sans penser à elle-même, pétrifiée par ce qui pourrait arriver.

Anne-Marie Echard-Fournier
L’été en ce jardin
Page 12
 

De faire croire qu’on est mort, c’est pas simple à vivre.

De faire croire qu’on est mort, c’est pas simple à vivre.
Ça à l’air marrant comme ça, vu de l’extérieur… mais en fait, c’est lourd à porter. Tous les jours, depuis dix ans, c’est la première chose à laquelle elle pense en se réveillant le matin. Et tous les soirs, la dernière. C’est lourd.

Barbara Constantine
Allumer le chat
(Pages 183 et 184)
calmann-lévy
Allumer le chat de Barbara Constantine
 

La science s’occupe du comment, elle ne s’occupe pas du pourquoi.

– Est-ce que vous savez pourquoi nous vivons ?
– Il est très difficile d’éviter le pourquoi. Le pourquoi nous vient à la gorge à chaque instant mais le scientifique doit le repousser. La science s’occupe du comment, elle ne s’occupe pas du pourquoi.

Jean Rostand
Debout les morts !
Interview par Stéphanie Fromentin
France Inter
31 mars 2012
 

La vie est un drame qu’il faut vivre avec sérénité.

Mon père restait imperturbable.
– Mais enfin, Tidjani, s’étonna le commandant, dis-moi pourquoi ni mauvaise nouvelle ni bonne nouvelle n’ont de prise sur toi.
– Mon commandant, on ne peut m’annoncer une nouvelle plus grave que celle que le destin m’a assignée le jour de ma naissance en me disant : « Tu es entré dans une existence dont tu ne sortiras pas vivant, quoi que tu fasses. », et nulle force humaine ne pourra jamais me loger plus étroitement sur cette terre que je ne le serai dans ma propre tombe. C’est pourquoi aucune mauvaise nouvelle ne peut réellement m’assombrir. J’ai appris à voir venir la mort avec le même calme que je vois tomber la nuit quand le jour décline. A chaque réveil, je me considère comme un condamné en sursis. Mais je ne suis pas pessimiste pour autant, mon commandant, et je ne serai nullement surpris si, un jour, je redevenais le grand chef que j’ai été. La vie est un drame qu’il faut vivre avec sérénité.

Amadou Hampâté Bâ
Amkoullel, l’enfant Peul
Mémoires
(Page 181)
Éditions BABEL
amkoullel l'enfant Peul
 

Je l’aime et je ne pourrais jamais accepter de vivre sans elle.

Alors je lui ai dit « Je l’aime et je ne pourrais jamais accepter de vivre sans elle. » Et tu sais ce qu’il a fait, ce français qui-a-tout-perdu-en-influences ? Il s’est mis à pleurer, il m’a rendu mes cinq mille francs légers, en disant « Ah putain de merde, merci, Monsieur, c’est bon de savoir que ça existe! »
– Tu mens, faux jeton.
– Bon, ça ne s’est peut-être pas passé comme ça parce qu’enfin, cinq mille francs, c’est cinq mille francs, mais je te jure que c’est vrai, c’est comme ça que je le sens, et je n’ai même rien eu à payer !

Romain Gary
Au delà de cette limite votre ticket n’est plus valable
Gallimard
(Page 177)
Au delà de cette limite votre ticket n'est plus valable
 

Vivre est un secret que l’on ne peut découvrir qu’à deux. Le bonheur est un travail d’équipe.

On dit tant de bêtise sur la naissance ! Il ne suffit pas de venir au monde pour être né. « Vivre » , ce n’est ni respirer, ni souffrir, ni même être heureux, vivre est un secret que l’on ne peut découvrir qu’à deux. Le bonheur est un travail d’équipe.

Romain Gary
Au delà de cette limite votre ticket n’est plus valable
Gallimard
(Page 64)
Au delà de cette limite votre ticket n'est plus valable
 

Paris vous donne envie de vous sentir vivant

Ses paroles sont restées en suspens. Je ne savais plus qui me parlait, elle ou la ville. C’est comme ça, Paris. On a beaucoup écrit sur sa beauté, sur ses splendeurs, et ma foi, tout est vrai. Chaque édifice est une petite merveille d’architecture, un régal pour l’œil. Paris est une belle femme qui ne sait belle, qui aime ça et qui n’a pas à se forcer pour le prouver.

Qui plus est, Paris vous donne l’impression de vous sentir – à défaut de terme plus approprié – vivant. Correction, Paris vous donne envie de vous sentir vivant.

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Ce qu’on fait de mieux dans le genre rien, et personne

Les Espagnols étaient incapables de respirer à cette altitude, et même la foi chrétienne ne se risquait pas si haut. Cinq mille cinq cents mètres au départ, vingt-cinq jours de descente, un sacré tracé, ce qu’on fait de mieux dans le genre rien, et personne. Continue reading « Ce qu’on fait de mieux dans le genre rien, et personne »