Il est des visages marqués par l’âge et la souffrance, qui sont d’une rare beauté

Récemment, son corps s’était alourdi, empâté par la boisson, bouffi par les cigarettes, raviné par les insomnies, chiffoné par les déceptions. Sa taille s’était épaissie. Les paupières lourdes, la peau fripée de minuscules ridules, le teint pâle, ne parvenaient à ternir sa grâce. Son allure n’était pas altérée, son corps généreux se mouvait avec charme, en un léger déhanchement. Il émanait d’elle une grande séduction. Et puis ses yeux, le bleu transparent de ses yeux, qui parfois se tachetait de points d’or, ou virait au vert, ce regard indéfinissable, souvent voilé d’une mélancolie passagère, ou d’une tristesse infinie, animait son visage, et préservait la beauté qui la faisait, autrefois, remarquer en tous lieux. Les cernes bleutés donnaient une touche mystérieuse, agrandissaient les yeux. Un voile de fatigue ajoutait au charme d’un visage à peine vieillissant, lui donnait du caractère. Il est des visages marqués par l’âge et la souffrance, qui sont d’une rare beauté. Et puis sa voix rauque et sensuelle, troublante pour les hommes qui l’approchaient…
Autrefois, il n’y a pas si longtemps, lorsqu’elle descendait l’escalier de l’amphi, à la fac, tous les regards se tournaient vers elle. Certains la sifflaient. On la remarquait toujours d’ailleurs. Son charme perdurait.

Anne-Marie Echard-Fournier
L’été en ce jardin
Pages 24 et 25
 

Elle était une de ces femmes qui ne savent plus quoi faire quand elles sont si belles

Genia était d’un beauté dont on disait autrefois qu’elle fait des ravages, une expression un peu passée de mode aujourd’hui, sans doute en raison de l’inflation dans les ravages que le monde a connu depuis. Très mince, mais de cette minceur qui fait un détour respectueux aux hanches et à la poitrine, elle était une de ces femmes qui ne savent plus quoi faire quand elles sont si belles.

Romain Gary
Les cerfs-volants
(Page 41)
Gallimard
les cerfs volants
 

Paris vous donne envie de vous sentir vivant

Ses paroles sont restées en suspens. Je ne savais plus qui me parlait, elle ou la ville. C’est comme ça, Paris. On a beaucoup écrit sur sa beauté, sur ses splendeurs, et ma foi, tout est vrai. Chaque édifice est une petite merveille d’architecture, un régal pour l’œil. Paris est une belle femme qui ne sait belle, qui aime ça et qui n’a pas à se forcer pour le prouver.

Qui plus est, Paris vous donne l’impression de vous sentir – à défaut de terme plus approprié – vivant. Correction, Paris vous donne envie de vous sentir vivant.

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Pour un homme comme toi, ta beauté, c’est celle que tu trouves à la femme

– Tu bouges trop, Momo. Si tu veux avoir des amis, faut pas bouger.

– Monsieur Ibrahim, est-ce que vous trouvez que je suis beau ?

– Tu es très beau, Momo.

– Non, c’est pas ce que je veux dire. Est-ce que vous croyez que je serai assez beau pour plaire aux filles… sans payer ?

– Dans quelques années, ce seront elles qui paieront pour toi !

– Pourtant… pour le moment… le marché est calme…

– Évidemment, Momo, tu as vu comme tu t’y prends ? Tu les fixes en ayant l’air de dire : « Vous avez vu comme je suis beau. » Alors, forcément, elles rigolent. Il faut que tu les regardes en ayant l’air de dire : « Je n’ai jamais vu plus belle que vous. » Pour un homme normal, je veux dire un homme comme toi et moi – pas Alain Delon ou Marlon Brando, non -, ta beauté, c’est celle que tu trouves à la femme.

Eric-Emmanuel Schmitt
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran
Albin Michel
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran