Chaque fois que mon existence commençait à s’engager sur une belle voie bien droite, le destin semblait s’amuser à lui donner une chiquenaude

Alors que je coulais des jours heureux entre l’école coranique, mon grand frère et mes camarades d’association, survint un élément qui allait marquer un tournant majeur dans ma vie. En fait, chaque fois que mon existence commençait à s’engager sur une belle voie bien droite, le destin semblait s’amuser à lui donner une chiquenaude pour la faire basculer dans une direction totalement opposée, faisant régulièrement alterner des périodes de chance et de malchance. Cela commença bien avant ma naissance, avec mon père Hampâté, qui aurait dû (et ses enfants après lui) hériter de la chefferie dans le pays du Fakala, et qui se retrouva, seul rescapé survivant de toute sa famille, réfugié anonyme au fond d’une boucherie.

Amadou Hampâté Bâ
Amkoullel, l’enfant Peul
Mémoires
(Page 307)
Éditions BABEL
amkoullel l'enfant Peul

.

 

L’église de Saint-Sorlin sentait Dieu comme une boucherie le cadavre

Lorsqu’elle passait, haletante, le seuils de l’église, elle entrait autant chez Dieu que chez Gabriel. A l’époque de l’ancien prêtre, l’église de Saint-Sorlin sentait Dieu comme une boucherie le cadavre, par des relents fades et écœurants de décomposition ; depuis que Gabriel l’avait investie ce n’étaient qu’odeurs de lis, d’encens, de cire au miel, les vitraux étaient propres, la dalle récurée, les nappes d’autel repassées, bref, on avait l’impression que Dieu et le petit homme s’étaient installés en ménage dans un coquet pavillon.

Eric-Emmanuel Schmitt
L’empoisonneuse
(Page 28)
Editions Albin Michel
Concerto à la mémoire d'un ange