Il écrit des poèmes, sous pression du cri intérieur.

Je vois Paul Pavlovitch devant moi. Il a vingt ans. Il écrit des poèmes, sous pression du cri intérieur. Mais il reste toujours du cri derrière et encore et encore. Le cri n’arrivait pas à sortir et se gonflait. Il se mettait à pourrir. Le cri n’arrivait pas à se libérer et le crime restait à l’intérieur. La vie continuait, à des crimes défiant toute concurrence. Alors le cri devient Condor Royal des Andes, réussit à s’élever et j’ai eu des ennuis pour la première fois, parce que m’étais posé sur un toit et ne voulait pas descendre. Je devins légume, artichaut, mais je ne suis pas resté artichaut longtemps, parce qu’on l’effeuille, on le savoure, et il est nourrissant, c’était la même chose que d’être un poète, on continue à vous savourer.

Pseudo
Romain Gary (Emile Ajar)
Gallimard
Pseudo de Romain Gary (Emile Ajar)
 

Il était très doux et avait besoin de fragiles autour de lui pour se sentir un peu plus fort

Jérémie était un infirmier sympa, un ancien joueur de rugby de Montpellier qui pesait 90 kilos de muscles, mais il était très doux et avait besoin de fragiles autour de lui pour se sentir un peu plus fort.

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Romain Gary (Emile Ajar)
Gallimard
Pseudo de Romain Gary (Emile Ajar)
 

S’il y a une chose dont les mots ont horreur, c’est les jeux de mots : ça les débusque

S’il y a une chose dont les mots ont horreur, c’est les jeux de mots : ça les débusque. Enlevez aux mots leur sérieux, leur creux et leur pseudo-pseudo et ils sont menacés de santé et de bonnes joues fraiches. Les mots ont horreur de la santé parce que ça les rend malades.

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Romain Gary (Emile Ajar)
Gallimard
Pseudo de Romain Gary (Emile Ajar)
 

L’allumette, ça s’éteint très vite et on en prend aussitôt une autre, ça donne de l’espoir et ça soulage chaque fois

Cette nuit-là, j’ai eu de nouvelles hallucinations : je voyais la réalité, qui est le plus puissant des hallucinogènes. C’était intolérable. J’ai un copain à la clinique qui a de la veine, qui voit des serpents, des rats, des larves, des trucs sympas, quand il hallucine. Moi je vois la réalité. Je me suis levé, j’ai allumé l’espoir, pour faire un peu clair et moins vrai. Une allumette, je veux dire. N’avouez jamais. Je n’ai pas allumé l’électricité, parce que ça reste tout le temps, mais l’allumette, ça s’éteint très vite et on en prend aussitôt une autre, ça donne de l’espoir et ça soulage chaque fois. Il y a cinquante civilisations dans une boîte d’allumettes, ça vous donne cinquante fois plus d’espoir qu’avec une seule électricité.

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Romain Gary (Emile Ajar)
Gallimard
Pseudo de Romain Gary (Emile Ajar)
 

La société ferme les bordels pour fermer les yeux

Par exemple, elle (la société) ferme les bordels pour fermer les yeux. C’est ce qu’on appelle morale, bonnes mœurs et suppression de la prostitution par voies urinaires, afin que la prostitution authentique et noble, celle qui ne se sert pas du cul mais des principes, des idées, du parlement, de la grandeur, de l’espoir, du peuple, puisse continuer par des voies officielles.

Gros-câlin
Emile Ajar (Romain Gary)
Mercure de France
Gros-câlin Emile Ajar