Les mères doivent prendre soin d’elles-mêmes

Les femmes consultent beaucoup. Habituées qu’elles sont à être attentives aux petits riens de la vie quotidienne, de leur entourage, soucieuses de rester en bonne santé pour que rien ne déraille autour d’elles, elles traquent le moindre dérapage de leur corps pour faire échec à la maladie, à la mort. Leur bonne santé et le bien-être de leur mari et de leurs enfants, sont une condition de la bonne marche de la famille, leur souci quotidien, notion inculquée, encore aujourd’hui, par trop de mères, qui malgré leur échec personnel, continue de vouloir que se reproduise ce modèle ancestral… Pour cette raison, elles doivent prendre soin d’elles-mêmes.

Anne-Marie Echard-Fournier
L’été en ce jardin
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Elle se recentrait déjà sur son cancer à elle, virtuel, un ersatz de l’autre, un cancer de son cancer

Blanche, la gorge serrée, resta sans paroles. Puis elle posa sa main sur celle de Jeanne.
« Tu vois », dit cette dernière, « Cela m’est égal de mourir. Mais j’aurais bien aimé vivre jusqu’à cinquante ans pour pouvoir élever mes enfants ».
Le silence, à nouveau, s’installa.
Comment l’aider à cet instant ? Que dire ?
Nous sommes ensemble et éloignées, déjà, pensa Blanche. Jeanne allait-elle mourir ?
Blanche vivrait un peu plus longtemps, sans doute. Plus longtemps ? Comment en être sûre ? Et si elle aussi…
Comment l’aider ?

Elle se recentrait déjà sur son cancer à elle, virtuel, un ersatz de l’autre, un cancer de son cancer, cancer de son âme, si pétrie d’un souci de soi qui confinait à une espèce d’autolâtrie naïve, elle ne pouvait écouter Jeanne sans penser à elle-même, pétrifiée par ce qui pourrait arriver.

Anne-Marie Echard-Fournier
L’été en ce jardin
Page 12
 

L’homme a bien du mal à s’inscrire dans le temps et dans la durée du temps

D’une façon générale, l’homme a bien du mal à s’inscrire dans le temps et dans la durée du temps. Penser le temps, c’est comme labourer la mer, constate Étienne Klein dans son livre au titre provocateur : « le temps existe-t-il ? ». Et déjà Saint-Augustin, dans une méditation justement célèbre, reconnaît la quasi impossibilité de bien parler du temps ! Oui, il est bien difficile à l’homme de se reconnaître dans la quatrième dimension – le temps – alors qu’il se meut avec aisance dans les trois autres. Paul Valéry disait, déjà avant la guerre de 39-45, « nous tombons dans l’avenir en reculant ». On peut constater cette impuissance viscérale des gens de toutes sortes à considérer l’avenir, au-delà bien sûr de leur espace personnel, circonscrits à leur égoïsme, à leur pré-carré et strictement dans le droit-fil de leurs habitudes. En somme, les gens sont, en général, fatalistes…
L’homme a quand même inventé quelques façons de se rendre maître du temps, ou plutôt, de se donner l’illusion qu’il est le maître du temps comme il veut l’être de l’univers. Pour se débarrasser des pythies et autres diseuses d’oracles en forme de viscères d’oiseaux, pour se dispenser du noir de café, l’homme a inventé des programmes, des plannings, qui lui servent à se sentir maître du temps. En vue d’une espérance de la paix sociale, il a aussi inventé des traités et conventions pour tenter de réguler les comportements erratiques de ses partenaires, concurrents, adversaires et ennemis. Un temps planifié, c’est un temps maîtrisé, en quelque sorte colonisé. À condition que l’on puisse à peu près prévoir ce que demain pourrait être fait…
Certains d’entre nous persistions à croire que demain pourrait être meilleur qu’aujourd’hui. Mais voilà que « l’avenir n’est plus ce qu’il était », constatait le même Paul Valéry ! Alors, comment prévoir ? On ne peut pas faire l’effort de se retourner pour regarder demain : il est caché dans un état brouillard.

Jacques Peter
Contenir le réchauffement climatique.
Un défi pour nos petits-enfants.
Pages 9 et 10
Edition Amalthée
Jacques Peter - contenir le rechauffement climatique