J’aime quand les jours s’allongent et durent, durent, comme autrefois pendant les étés de mon enfance

Il pleuvait. Une sale pluie de fin d’hiver ruisselait sur le pare-brise de la voiture où attendait Blanche depuis bientôt une heure, se tordant en minuscules rainures nerveuses. La buée s’était peu à peu déposée sur les vitres, à l’intérieur, étouffant le bruite monotone des voitures qui passaient dans un crissement mouillé.

La nuit tomberait tôt, ce soir…

J’aime quand les jours s’allongent et durent, durent, comme autrefois pendant les étés de mon enfance.

Anne-Marie Echard-Fournier
L’été en ce jardin
Début du livre
 

Ils devraient remercier leur bonne étoile d’avoir eu la vie sauve. Elle avait la fourche à la main

Je pense qu’on étaient absolument éreintés mais heureux cet été-là. On était en bonne santé, Nils se trouvait entre la période coliques et la période otites et il dormait bien la nuit, elle n’avait pas besoin d’aller travailler en ville et c’était l’été. Je ne me rappelle qu’une seule fois où elle s’est fâchée tout rouge. Deux propriétaires de chevaux qui voulaient acheter du foin étaient arrivés dans la cour avec leur BMW bleu nuit quand elle sortait de l’étable. Moi, j’étais parti bosser sur une parcelle quelque part.
Ils ont demandé en la regardant comme si elle n’existait pas :
– Il n’y a personne ?
– Si, il y a moi, a-t-elle répondu, un peu surprise.
– Aha, mais le propriétaire ?
– Je suis une des propriétaires.
– Ah bon, oui, mais quelqu’un qui travaille ici ?
Là, elle a commencé à se fâcher.
– Je travaille ici ! Je viens de traire les vaches !
– Aha… mais… un homme ! ont-ils fini par dire.
Ils devraient remercier leur bonne étoile d’avoir eu la vie sauve. Elle avait la fourche à la main.

Katarina Mazetti
Le caveau de famille
(page 160)
Gaïa éditions
Le caveau de famille