« Prof », elle l’était, avec bonheur.

« Prof », elle l’était, avec bonheur. Lorsqu’elle était au plus fort de l’angoisse, elle regardait ces jeunes passer devant elle pour entrer dans la classe. C’était un moment de bonheur. Certains la saluait d’un mot, d’un sourire, d’un clin d’œil, sans dévisser leur casquette, d’autres branchés à leurs baladeurs, levaient le pouce en signe de contentement ou dessinaient le V de la victoire, d’autres, encore, lui lançaient un regard triste, désabusé, ou hostile, voire obscène, jamais indifférent, sans prononcer un mot, quelques-uns baissaient les yeux, l’air détaché, ou dégoûté, mais levaient la main ou enlevaient leurs casquettes… « hello » (sans souffler les h!!!!) … « ça va ? », « m’dame », « bof », « grave », « fait beau », « tiptop »! … un soupir, un grognement, un haut-le-corps, en écho à la musique écoutée, un roulement d’épaules ou des hanches, le nombril à l’air, percé d’un anneau, la langue ou l’arcade sourcilière itou, le bras ou l’abdomen tatoués, la tignasse vert fluo ou rouge, selon les semaines et l’inspiration, ou serrée dans un bandana, ou le cheveu ras avec de longues mèches qui barraient le visage ou pendaient sur les yeux ou la nuque, le pantalon en bas des fesses, entaillé à plusieurs endroits, la mini-jupe « à ras le bonbon », les baskets pas lacés, énormes, qui leur donnaient une démarche de canard… Les filles comme les garçons. Au milieu de ce flot bigarré, extravagant, la foule des timides, des tendres, des classiques, des « taiseux », de ceux qui cherchent à se faire oublier plutôt que de remarquer, mais qui ont la même attente : se sentir singularisés, regardés, remarqués, tirés vers le haut. Vers le haut, toujours vers le haut, tous, leur façon de ses faire respecter.
Elle leur souriait toujours. Les voir la rendait heureuse.

Anne-Marie Echard-Fournier
L’été en ce jardin
Pages 30 et 31
 

Cela nous avait fait rire. Mais quel con !

« Est-ce que tu te souviens de ce jour où nous regagnions nos voitures, après un long échange sur nos problèmes – et j’en avais gros à l’époque – déjà – et toi aussi – nous avons croisé un collègue – un chic type – et l’avons salué en souriant. Il nous a lancé ‘Voilà deux femmes heureuses ! ça fait plaisir à voir !’…
Cela nous avait fait rire. Mais quel con ! »
Elle échangèrent un regard de connivence, presqu’amusées.

Anne-Marie Echard-Fournier
L’été en ce jardin
Pages 13 et 14
 

Histoire drôle par Alain Baraton

C’est l’histoire d’un homme qui aimait une femme. Il la demande en mariage. Elle refuse. Il viva heureux tout au long de sa vie.

Alain Baraton
France Inter
Le 7-9, samedi 15 juin 2013
Dans l’émission de Patricia Martin et Fabrice Drouelle, Alain Baraton raconte sa blague, poussé en cela par Patricia Martin.
 

Et si on essayait d’être heureux ? Ne serait-ce que pour donner l’exemple.

Et si on essayait d’être heureux ? Ne serait-ce que pour donner l’exemple.

Jean-Louis Trintignant citant Jacques Prévert
Festival de Cannes 2012
Lors de la remise de la palme d’or pour le film « Amour » de Michael Haneke

 

Jean-Louis Trintignant Cannes 2012
Michael Haneke et ses acteurs Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant. AFP PHOTO / VALERY HACHE
 

Chaque fois que mon existence commençait à s’engager sur une belle voie bien droite, le destin semblait s’amuser à lui donner une chiquenaude

Alors que je coulais des jours heureux entre l’école coranique, mon grand frère et mes camarades d’association, survint un élément qui allait marquer un tournant majeur dans ma vie. En fait, chaque fois que mon existence commençait à s’engager sur une belle voie bien droite, le destin semblait s’amuser à lui donner une chiquenaude pour la faire basculer dans une direction totalement opposée, faisant régulièrement alterner des périodes de chance et de malchance. Cela commença bien avant ma naissance, avec mon père Hampâté, qui aurait dû (et ses enfants après lui) hériter de la chefferie dans le pays du Fakala, et qui se retrouva, seul rescapé survivant de toute sa famille, réfugié anonyme au fond d’une boucherie.

Amadou Hampâté Bâ
Amkoullel, l’enfant Peul
Mémoires
(Page 307)
Éditions BABEL
amkoullel l'enfant Peul

.

 

Vivre est un secret que l’on ne peut découvrir qu’à deux. Le bonheur est un travail d’équipe.

On dit tant de bêtise sur la naissance ! Il ne suffit pas de venir au monde pour être né. « Vivre » , ce n’est ni respirer, ni souffrir, ni même être heureux, vivre est un secret que l’on ne peut découvrir qu’à deux. Le bonheur est un travail d’équipe.

Romain Gary
Au delà de cette limite votre ticket n’est plus valable
Gallimard
(Page 64)
Au delà de cette limite votre ticket n'est plus valable
 

Ils devraient remercier leur bonne étoile d’avoir eu la vie sauve. Elle avait la fourche à la main

Je pense qu’on étaient absolument éreintés mais heureux cet été-là. On était en bonne santé, Nils se trouvait entre la période coliques et la période otites et il dormait bien la nuit, elle n’avait pas besoin d’aller travailler en ville et c’était l’été. Je ne me rappelle qu’une seule fois où elle s’est fâchée tout rouge. Deux propriétaires de chevaux qui voulaient acheter du foin étaient arrivés dans la cour avec leur BMW bleu nuit quand elle sortait de l’étable. Moi, j’étais parti bosser sur une parcelle quelque part.
Ils ont demandé en la regardant comme si elle n’existait pas :
– Il n’y a personne ?
– Si, il y a moi, a-t-elle répondu, un peu surprise.
– Aha, mais le propriétaire ?
– Je suis une des propriétaires.
– Ah bon, oui, mais quelqu’un qui travaille ici ?
Là, elle a commencé à se fâcher.
– Je travaille ici ! Je viens de traire les vaches !
– Aha… mais… un homme ! ont-ils fini par dire.
Ils devraient remercier leur bonne étoile d’avoir eu la vie sauve. Elle avait la fourche à la main.

Katarina Mazetti
Le caveau de famille
(page 160)
Gaïa éditions
Le caveau de famille

 

 

Ce qu’on est obligé de supporter, on peut tout aussi bien apprendre à l’aimer

– Dix heures ? a-t-elle dit d’une voix assez pointue.

– Après tu liras avec une lampe de poche sous la couverture. Je me lève à cinq heures et demie, moi.

Elle pouffa.

– Tu sais, c’est comme ça que les livres sont les meilleurs.

Voyez, un petit nuage de perturbations que nous avons réussi à dissiper en bonne intelligence. C’était prometteur pour l’avenir. Ce qu’on est obligé de supporter, on peut tout aussi bien apprendre à l’aimer.

Et j’allais l’avoir auprès de moi, toutes les nuits. En réalité, elle aurait pu installer un système d’éclairage digne d’une patinoire de hockey sur glace, je me serais quand même endormi heureux comme un pape tous les soirs. Avec un masque sur les yeux, s’il le fallait.

Katarina Mazetti
Le caveau de famille
Pages 71 et 72
Gaïa éditions
Le caveau de famille
 

Je vivais mon amour en égoïste

Leur bonheur m’importait plus que le mien, beaucoup plus. Mais voilà, je n’avais pas la manière. Ou peut-être aimais-je trop fort, trop dans l’idéal. Trop attentif à l’amour même et pas assez à son objet, l’aimée ? Amour trop nourri de littérature, donc exigeant, donc maladroit ? Je n’ai jamais eu les pieds tout à fait terre, bien solidement crochés au sol. En tout cas, pas les deux pieds à la fois.

Continue reading « Je vivais mon amour en égoïste »