La nuit n’est jamais complète.

La nuit n’est jamais complète.
Il y a toujours, puisque je le dis,
Puisque je le l’affirme,
Au bout du chagrin
Une fenêtre ouverte,
Une fenêtre éclairée,
Il y a toujours un rêve qui veille,
Désir à combler, faim à satisfaire,
Un cœur généreux,
Une main tendue, une main ouverte,
Des yeux attentifs.
Une vie, la vie à se partager.

Paul Eluard
Paroles d’espoir
Par Michel Piquemal, Marc de Smedt, Michele Ferri
Albin Michel
Paroles d'espoir
 

Miss Parkinson n’est pas patiente

Il m’était, en peu de temps, devenu impossible d’écrire. C’est même cela qui m’avait incité à revoir le médecin. Ma main allait où elle voulait, non où je voulais qu’elle aille. J’ai une phrase en tête, tout naturellement elle me coule du cerveau au bout des doigts, qui se mettent en devoir de la tracer, l’ensemble cerveau-doigts ne forme qu’un. Cela s’effectue pour ainsi dire tout seul, tandis que les doigts tracent les mots le cerveau conçoit déjà la phrase suivante, ça trotte à un bon petit rythme de croisière, et bon, cela s’appelle écrire. Mais voilà que l’harmonie cerveau-main partait à vau-l’eau » Je n’arrivais pas à comprendre ce qui m’arrivait.

Miss Parkinson n’est pas patiente. Elle se demandait pendant combien de temps encore j’allais ignorer sa présence et ses cadeaux.

François Cavanna
Lune de miel
Pages 260 et 261
Gallimard
lune de miel
 

Des nouvelles de Miss Parkinson

Des nouvelles de Miss Parkinson. La chère petite se porte à merveille. Depuis qu’elle a élu domicile dans mes membres, on ne se quitte plus. Elle pourrait se montrer très vache, se mettre, par exemp1e, à faire trembler à folle allure ma main qui tient la cuillère pleine de soupe quand je dîne chez la marquise. La marquise n’aimerait pas. D’autant qu’elle ignore que j’héberge la petite farceuse en mes intimités.

François Cavanna
Lune de miel
Page 215
Gallimard
lune de miel
 

Je sens que c’est pas du bon

Là-dessus, on reçoit une lettre avec « République Française » sur l’enveloppe et la tête de Marianne. Maman n’osait pas l’ouvrir. Elle disait : « Je sens que c’est pas du bon. » Et en effet.

C’est moi qui l’ai lue, la lettre. Maman n’osait pas. Papa ne savait pas. « Vous êtes prié de vous présenter à la Préfecture de Police, service des travailleurs étrangers, bureau tant et tant. » Il y avait en plus un coup de tampon tout de travers, à moitié mal tamponné, qui ordonnait : « Muni de votre carte d’identité. »

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Mademoiselle Parkinson, des jours elle me fout un peu la paix, d’autres fois, rien à faire

Après une série de conneries que je vous raconterai peut être un jour, si ma main permet – ah oui, parce qu’il y a aussi ma main, maintenant, mais elle, c’est pas Adolf, c’est mademoiselle Parkinson, des jours elle me fout un peu la paix, d’autres fois, rien à faire. Comme aujourd’hui tiens. Je me cramponne au stylo d’une main, de l’autre à la table, tout ça pour mouler un pauvre gribouillis illisible, un mot toutes les cinq minutes. Faudrait que je vous montre le fac-similé, mais j’ai honte. Claviste, pardon.

François Cavanna
Lune de miel
Gallimard
lune de miel
 

La façon dont il me serre la main

Rabière sourit, d’un sourire enfantin et clair. Son abord est mieux que sympathique : réconfortant. La seule façon dont il me serre la main, les seuls mots banaux qu’il prononce, c’en est déjà assez pour que tout gène soit abolie. Continue reading « La façon dont il me serre la main »