Choisis ton homme, fais appel à son ego, flatte-le à mort, dis-lui ton admiration pour son goût et son palais.

– Quelle arnaque ! Mais si ça marche, quelle fortune ! Les meilleurs vins du Lubéron ne dépasseront jamais vingt, vingt-cinq dollars la bouteille. Dote ces mêmes vins d’une étiquette de Bordeaux, réserve-les à une clientèle choisie et invente une histoire convaincante. Tu n’as plus alors de limites.
– Les gens sauraient, fit Christie en secouant la tête. Ils ne sont pas bêtes à ce point.
– Ne crois pas ça, le détrompa Charlie. Tu serais étonnée. C’est le commerce du vin, n’oublie pas. Les habits neufs de l’empereur dans une bouteille.
De la tête il remercia Fanny qui venait de déposer devant lui une assiette de moules farcies embaumant le beurre, le persil et l’ail.
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La suggestion était énoncée d’un ton qui n’invitait pas à la moindre discussion.

Cela me rendrait service, monsieur Max, si vous et mademoiselle vous absentiez de la maison aujourd’hui pour que je puisse être travailler sans être dérangée. Il fait un temps magnifique et je vous conseille un pique-nique.
La suggestion était énoncée d’un ton qui n’invitait pas à la moindre discussion.
A la grande surprise de Max, Christie, qui, descendue de la cuisine, revenait lentement à elle avec sa tasse de café, fut tout a fait séduite.
– Super, approuva-t-elle des profondeurs de son coma matinal. J’adore les pique-niques.
Dix minutes plus tard, éjectés manu militari de la maison, ils se tenaient auprès de la voiture, munis d’une carte et d’un tire-bouchon, mais sans la moindre idée d’une destination.

Peter Mayle
Le bon cru
Page 202
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un bon cru de Peter Mayle
 

Max adressa en silence une prière au saint patron des passagers terrifiés.

Tandis que les kilomètres défilaient, elle expliqua à Max comment L’Isle-sur-la-Sorgue, de petite bourgade ensommeillée accueillant un marché aux puces le dimanche matin, était devenue un centre d’antiquités de réputation internationale.
– Ils viennent tous ici maintenant, déclara-t-elle. De New-York, de Californie, de Londres, de Munich, de pari, des marchands, des décorateurs et leur clientèle distinguée, propriétaire d’une maison dans les Alpilles… (Elle s’interrompit pour pousser une pointe de vitesse afin de doubler la voiture qui le précédait – une pointe particulièrement malvenue dans ce virage sans visibilité : Nathalie manqua de peu un cycliste qui arrivait en sens inverse. Elle jeta un coup d’œil à Max et sourit.) Vous pouvez ouvrir les yeux, maintenant nous sommes presque arrivés.
Max adressa en silence une prière au saint patron des passagers terrifiés et commença à se détendre en voyant ls voitures ralentir considérablement pour trouver une place au bord de la rivière.

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Page 105
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Ici, l’exercice de la douche exigeait des talents de contorsionniste.

Il regagna la maison complètement trempé de sueur et gravit l’escalier menant à la salle de bains sur des jambes flageolantes.
La douche, un monument d’incommodité digne de figurer dans un musée de la plomberie française avec la mention « fin du XIXe siècle » , se réduisait à un embout relié au robinet de la baignoire par un cordon ombilical en caoutchouc. Ce modèle qui se manœuvrait avec une main n’en laissait donc plus qu’une pour tenir le savon et le frotter sur le corps. Si l’on voulait absolument un savonnage satisfaisant à deux mains, il fallait coincer au fond de la baignoire le pommeau qui se tortillait en crachotant puis le récupérer pour le rinçage, et enfin répéter ces opérations pour chacune des parties du corps. A Londres, se tenir sous un torrent d’eau suffisait ; ici, l’exercice de la douche exigeait des talents de contorsionniste.

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Page 73
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La Provence. Nulle part au monde on ne s’occupe à en faire si peu en y prenant autant de plaisir.

Les autres découvertes de la journée étaient toutes encourageantes : une maison qui deviendrait facilement merveilleuse, un village délicieux et deux des plus belles femmes qu’il eût rencontrées depuis des mois. Et, le plus important peut être, cette sensation au fond de lui qu’il était fait pour la Provence. Un autre des précieux conseils d’Oncle Henry lui revint en mémoire : « Nulle part au monde on ne s’occupe à en faire si peu en y prenant autant de plaisir. Un jour tu comprendras. »
Il régla l’addition et laissa un gros pourboire. Les clients étaient encore nombreux mais Fanny trouva le temps de lui dire bonsoir en l’embrassant sur les deux joues. Il émanait d’elle un parfum à faire rêver n’importe quel jeune homme.
– A bientôt ? s’enquit-elle.
Max hocha la tête en souriant.
– Je pense bien.

Peter Mayle
Le bon cru
Pages 69 et 70
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C’était comme traire une souris, autrement dit, faire sortir quelque chose de là où il n’y a rien.

– Vous avez raison, acquiesça Max. La zone floue est maintenant quasi inextricable, d’une complexité qu’il n’avait pas imaginée. Il faudra faire de nombreuses recherches en France, pousser sans doute en Californie pour y consulter les autorités, remuer ciel et terre, etc. Des mois d’enquête qu’il envisageait avec beaucoup d’entrain.
Max n’avait pas terminé que Christie secouait déjà lentement la tête d’un côté à l’autre.
– Pourquoi ne suis-je pas surprise ? expliqua-t-elle. Parce que j’ai vécu avec un avocat, souvenez-vous. Mon ex disait, quand il avait bu une bière de trop, que c’était comme traire une souris, autrement dit, faire sortir quelque chose de là où il n’y a rien. Ils font tous ça. (L’air dédaigneux, elle chercha ses cigarettes.)
– Calvados ?

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Le bon cru
Page 198
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Ce petit noyau de londoniens qui considèrent le dîner comme un spectacle sportif

Simon consulta sa montre :

– Nous devrions y aller. J’ai réservé dans un restaurant italien… j’espère que ça vous va. J’ai pensé que vous aimeriez quelque chose qui vous change de la cuisine française.

Le restaurant choisi par Simon était fréquenté Continue reading « Ce petit noyau de londoniens qui considèrent le dîner comme un spectacle sportif »

 

Courir, un passe-temps pour masochiste

Le marathon du Médoc se court parmi les grands vignobles du Bordelais.Cette course respecte précisément la distance officielle : 42,195 km. Là s’arrête toute ressemblance avec un marathon conventionnel.

Les coureurs sont vivement encouragés à se déguiser, tenue excentrique de rigueur. Pour les rafraichir durant leur effort, un vin de qualité supérieure est à leur disposition aux vingt points de dégustation qui jalonnent le parcours. Ceux qui s’arrêtent pour boire un petit coup n’iront probablement pas pulvériser les records mondiaux, mais, dans cette épreuve conviviale, la vitesse est l’ennemie du plaisir. Il s’agit avant tout de prendre du bon temps, de participer à l’épreuve la plus mémorable de course d’endurance se déroulant en France dans la campagne la plus civilisée de la terre.

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