Il est des visages marqués par l’âge et la souffrance, qui sont d’une rare beauté

Récemment, son corps s’était alourdi, empâté par la boisson, bouffi par les cigarettes, raviné par les insomnies, chiffoné par les déceptions. Sa taille s’était épaissie. Les paupières lourdes, la peau fripée de minuscules ridules, le teint pâle, ne parvenaient à ternir sa grâce. Son allure n’était pas altérée, son corps généreux se mouvait avec charme, en un léger déhanchement. Il émanait d’elle une grande séduction. Et puis ses yeux, le bleu transparent de ses yeux, qui parfois se tachetait de points d’or, ou virait au vert, ce regard indéfinissable, souvent voilé d’une mélancolie passagère, ou d’une tristesse infinie, animait son visage, et préservait la beauté qui la faisait, autrefois, remarquer en tous lieux. Les cernes bleutés donnaient une touche mystérieuse, agrandissaient les yeux. Un voile de fatigue ajoutait au charme d’un visage à peine vieillissant, lui donnait du caractère. Il est des visages marqués par l’âge et la souffrance, qui sont d’une rare beauté. Et puis sa voix rauque et sensuelle, troublante pour les hommes qui l’approchaient…
Autrefois, il n’y a pas si longtemps, lorsqu’elle descendait l’escalier de l’amphi, à la fac, tous les regards se tournaient vers elle. Certains la sifflaient. On la remarquait toujours d’ailleurs. Son charme perdurait.

Anne-Marie Echard-Fournier
L’été en ce jardin
Pages 24 et 25
 

Pas mal de femmes roulent vers lui des regards veloutés

Pas mal de femmes, justement, se trouvent là : nombre d’épouses mais aussi des indépendantes qui, jugeant Grégor à leur goût, roulent vers lui des regards veloutés, retenus mais candidats – les regards des épouses sonnant la même clef bien que sur un moindre vibrato. Hélas Continue reading « Pas mal de femmes roulent vers lui des regards veloutés »

 

Ce qu’on fait de mieux dans le genre rien, et personne

Les Espagnols étaient incapables de respirer à cette altitude, et même la foi chrétienne ne se risquait pas si haut. Cinq mille cinq cents mètres au départ, vingt-cinq jours de descente, un sacré tracé, ce qu’on fait de mieux dans le genre rien, et personne. Continue reading « Ce qu’on fait de mieux dans le genre rien, et personne »

 

Une tristesse inexplicable fondit sur lui

La limousine fit une embardée et Sarah Downes et lui furent presque projetés l’un sur l’autre. Leurs épaules se frôlèrent, le léger parfum de son eau de Cologne lui chatouilla les narines, comme une douce brise dans une clairière feuillue, et l’écho d’une vielle chanson lui effleura l’esprit. Continue reading « Une tristesse inexplicable fondit sur lui »