Quelque part, quelque chose se mit à faire terriblement mal

Ensuite nous avons cessé de faire l’amour. Ça devenait trop compliqué. Ça faisait seulement mal dans le cœur.
Et alors il ne resta pas grand-chose. Parce que telle qu’était la situation il n’y avait plus de moments de complicité, il nous fallait sans cesse rehausser nos barricades.
Ça s’est terminé là où ça avait commencé, au cimetière. Nous y sommes allés ensemble un jour pour soigner nos tombes côte à côte.
Soudain Benny demanda : « Est-ce que tu crois que toi et moi, on se retrouvera un jour sous la même pierre ? » Il regarda la mienne, l’air de réfléchir.
Je regardai la sienne avec frisson.
– Sous laquelle des deux ? C’est ça, la question, dis-je.
– Parce que moi, je ne le crois pas ! dit Benny.
Il fallu un moment pour que ça m’atteigne. Il ne croyait plus en nous. Plus maintenant et plus jamais.
Quelque part, quelque chose se mit à faire terriblement mal.

Katarina Mazetti
Le mec de la tombe d’à côté
(page 227)
Babel
Le mec de la tombe d'a cote
 

La mort est un élément parfaitement naturel du processus vital

Juste là, je suis devant la tombe de mon mari, assise sur un banc de cimetière vert bouteille lustré par des générations de fesses, en train de me monter la tête contre sa dalle funéraire.

C’est une petite pierre brute et sobre gravée seulement de son nom, Orjan Wallin, en caractères austères. Simple, presque à outrance, tout à son image. Et il l’a effectivement choisie lui-même, il avait laissé des indications dans son contrat obsèques souscrit chez Fonus.

Il y a de quoi s’énerver. Je veux dire, il n’était pas malade.

Je sais exactement ce qu’il veut dire avec sa pierre : « La mort est un élément parfaitement naturel du processus vital. » Il était biologiste.

Je te remercie, Orjan.

Je viens plusieurs fois par semaine pendant la pause de midi, et toujours au moins une fois le week-end.

Katarina Mazetti
Le mec de la tombe d’à côté
Babel
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