Une parole malheureuse impossible à rattraper

– Puis-je rencontrer monsieur votre beau-frère ?

– Ce n’est pas nécessaire, déclara-t-elle d’une manière si catégorique que j’eus l’impression d’avoir eu une parole malheureuse impossible à rattraper. Même s’il vous voit aujourd’hui, demain il aura oublié. C’est pourquoi ce n’est pas nécessaire.

– Que voulez-vous dire ?…

– Eh bien, pour être franche, je dois vous avouer qu’il a des troubles de mémoire. Il n’est pas gâteux. Dans l’ensemble les cellules de son cerveau sont saines et fonctionnent bien, mais il y a dix-sept ans de cela une partie de son cerveau s’est détraquée, si bien qu’il a perdu la faculté de mémoriser. Il a eu un accident de la circulation et s’est cogné la tête. Sa mémoire se termine en 1975. Depuis il a beau tenter d’accumuler de nouveaux souvenirs, ils s’effacent aussitôt. Même s’il se souvient des théorèmes qu’il a démontrés il y a trente ans, il ne se rappelle pas le menu du dîner qu’il a mangé la veille.

La formule préférée du professeur
Yoko Ogawa
Actes Sud
 

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