On doit laisser l’exercice de la charité à ceux que la naissance a désigné pour cet usage

Sophie s’était arrondie et commençait déjà parfois à marcher comme les canards. C’était pour nous la grenouille qui veut se faire plus grosse que le bœuf. Les mieux intentionnés disaient d’elle : « Elle a de la tête. » Nous répondions invariablement : « Elle ferait mieux de na pas en avoir. » C’était une spirituelle allusion à son visage sans grâce.

Au surplus, nous la savions sensible et deux ou trois traits de son caractère auraient été en sa faveur s’ils ne l’avaient poussée à des manifestations de sensiblerie fort inconvenantes. On doit laisser l’exercice de la charité à ceux que la naissance a désignés pour cet usage.

Le moulin de Pologne
Jean Giono
Gallimard
 

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