C’est l’espérance qui compte parce qu’elle tient en éveil, en alerte

Les religieux, pratique oblige, ne font pas dans le sentiment. C’est une économie dont je devrais essayer de tirer profit aujourd’hui. Pourtant, au moment d’aborder ma première matinée sans BI, je m’aperçois que notre appartenance est notre point aveugle. Elle peine à se réfléchir, comme tout ce qui nous permet de regarder. J’ai reconnu le bonheur d’être avec vous au bruit qu’il fait ce matin quand il s’en est allé…

Que restera-t-il au fond de ces années passées ensemble ? Qu’il n’y ait pas de leçon à retenir de la vie en entreprise est en fait la plus constante leçon qu’un esprit attentif puisse en tirer. Et c’est tant mieux. Si le quotidien n’était pas une ardoise magique, si la priorité de ce matin n’effaçait pas dans les esprits celle de l’avant-veille, où trouverions-nous chaque semaine l’entrain de repartir ? Privez-nous d’amnésie, vous nous priverez de nos élans. Trop bien rempli, le devoir de mémoire est à mon avis le plus néfaste antidote à l’esprit d’entreprise.

Bien sûr, chaque situation a son adret et son ubac. Je ne doute pas que les partenariats me fourniront mon divertissement quotidien. D’aucuns jugeront d’ailleurs mon choix raisonnable. Mais ce n’est pas la raison qui m’anime. Si la raison gouvernait le monde, il serait mortellement ennuyeux. Thérèse d’Avila, qui a réformé le carmel, avait une expression que je m’approprie : « contemplatif dans l’action ». Je vais tenter de le rester.

Je compte sur vous pour que l’innovation ne reste pas un opéra sans livret. C’est l’espérance qui compte parce qu’elle tient en éveil, en alerte. Là où il y a une lueur, il y a un chemin, et l’important est d’avancer – tant pis si c’est vers nulle part. A la fin, personne n’en saura rien puisqu’il n’y a pas de fin. Peut-être faut-il s’imaginer Sisyphe heureux !

Je n’ai pas eu l’envie (ou le courage) de fêter mon départ. Peut-être le sentiment de pouvoir ainsi ne pas vous quitter vraiment… Aussi, je souhaite ce matin, sans vibrato superflu, vous témoigner de ma gratitude. BI a été l’expérience professionnelle la plus exaltante que j’ai connue. J’aurais aimé que nous partagions davantage de victoire. La détermination peut beaucoup mais la réalité est là…Chacun d’entre vous garde une place dans ma mémoire.

Merci à vous tous.

Premier matin sans BI…
email de Sébastien J. à ses anciens collègues
1er juillet 2004
 

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