Courir, un passe-temps pour masochiste

Le marathon du Médoc se court parmi les grands vignobles du Bordelais.Cette course respecte précisément la distance officielle : 42,195 km. Là s’arrête toute ressemblance avec un marathon conventionnel.

Les coureurs sont vivement encouragés à se déguiser, tenue excentrique de rigueur. Pour les rafraichir durant leur effort, un vin de qualité supérieure est à leur disposition aux vingt points de dégustation qui jalonnent le parcours. Ceux qui s’arrêtent pour boire un petit coup n’iront probablement pas pulvériser les records mondiaux, mais, dans cette épreuve conviviale, la vitesse est l’ennemie du plaisir. Il s’agit avant tout de prendre du bon temps, de participer à l’épreuve la plus mémorable de course d’endurance se déroulant en France dans la campagne la plus civilisée de la terre.

Je n’ai jamais associé dans mon esprit la course à pied avec le plaisir et encore moins avec l’alcool. Les sérieux partisans du jogging qui trottinent dans les rues ou sur des sentiers de campagne expriment tous les signes de joie manifestés par des victimes de torture : oeil vitreux, bouche béante, visage crispé, ruisselant par chaque pore de sueur et de souffrance. A n’en pas douter ils pensent plus souvent à une fracture du métatarse et aux horreurs d’un mamelon irrité qu’au petit bonheur d’un verre de vin. A mes yeux, courir m’a toujours paru une occupation pénible et sans joie, un passe-temps pour masochiste.

Peter Mayle
Aventure dans la France gourmande avec ma fourchette, mon couteau et mon tire-bouchon
Nil Éditions
 

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