Impossible de décrire ce sourire là sans plonger dans le monde merveilleux des vieux standards de bal-musette

Soudain, elle s’est plaqué la main sur la bouche, l’air effaré et les yeux ronds comme des billes :
– Oh, maman j’ai arrosé le panneau ! Maintenant papi va encore se mettre en pétard !
J’ai senti le coin de ma bouche s’étirer vers le haut et j’ai jeté un oeil vers le Forestier. Et juste à cet instant, il m’a regardée.
Lui aussi souriait. Et…
Impossible de décrire ce sourire là sans plonger dans le monde merveilleux des vieux standards de bal-musette.
Dedans, il y avait du soleil, des fraises des bois, des gazouillis d’oiseaux et des reflets sur un lac de montagne. Le Forestier me l’adressait, confiant et fier comme un enfant qui tend un cadeau d’anniversaire dans un paquet malmené. Ma bouche est restée étirée jusqu’aux oreilles. Et un arc de lumière a surgi entre nous, j’en mets ma main à couper encore aujourd’hui – un de ces arcs bleus que mon prof de physique produisait avec une sorte d’appareil. Il s’est écoulé trois heures, ou trois secondes.

Katarina Mazetti
Le mec de la tombe d’à côté
(page 22)
Babel
Le mec de la tombe d'a cote
 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*