Les réalités de ce monde ne sont jamais ni entièrement bonnes ni entièrement mauvaises

De Courcelles, après avoir écouté la traduction de l’interprète, éclata de rire. Il me caressa la tête et m’éleva sur-le-champ au rang de Grand-Ami, tout comme mon petit frère.
Telles sont, à quelques détails près, les circonstances de ma première vraie rencontre avec un Blanc-Blanc appartenant à une race d’hommes que, jusqu’alors, je n’aimais point, par rancœur pour ce qu’ils avaient fait à mon père Tidjani. Lorsqu’il partit, je demandai à ma mère :
« – Dadda, le commandant de Courcelles n’est-il pas un toubab ?
– Si, me répondit-elle, mais c’est un bon toubab. »
Cette réponse me troubla. J’avais décidé de haïr tous les toubabs, mais comment pouvais-je détester ce commandant si gentil, dont j’entendais dire qu’il avait tout fait pour faire libérer mon père ? J’apprenais pour la première fois que les réalités de ce monde ne sont jamais ni entièrement bonnes ni entièrement mauvaises, qu’il faut savoir faire la part des choses et se garder de tout jugement préconçu.

Amadou Hampâté Bâ
Amkoullel, l’enfant Peul
Mémoires
(Page 191)
Éditions BABEL
amkoullel l'enfant Peul
 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*