Chaque fois que mon existence commençait à s’engager sur une belle voie bien droite, le destin semblait s’amuser à lui donner une chiquenaude

Alors que je coulais des jours heureux entre l’école coranique, mon grand frère et mes camarades d’association, survint un élément qui allait marquer un tournant majeur dans ma vie. En fait, chaque fois que mon existence commençait à s’engager sur une belle voie bien droite, le destin semblait s’amuser à lui donner une chiquenaude pour la faire basculer dans une direction totalement opposée, faisant régulièrement alterner des périodes de chance et de malchance. Cela commença bien avant ma naissance, avec mon père Hampâté, qui aurait dû (et ses enfants après lui) hériter de la chefferie dans le pays du Fakala, et qui se retrouva, seul rescapé survivant de toute sa famille, réfugié anonyme au fond d’une boucherie.

Amadou Hampâté Bâ
Amkoullel, l’enfant Peul
Mémoires
(Page 307)
Éditions BABEL
amkoullel l'enfant Peul

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La vie est un drame qu’il faut vivre avec sérénité.

Mon père restait imperturbable.
– Mais enfin, Tidjani, s’étonna le commandant, dis-moi pourquoi ni mauvaise nouvelle ni bonne nouvelle n’ont de prise sur toi.
– Mon commandant, on ne peut m’annoncer une nouvelle plus grave que celle que le destin m’a assignée le jour de ma naissance en me disant : « Tu es entré dans une existence dont tu ne sortiras pas vivant, quoi que tu fasses. », et nulle force humaine ne pourra jamais me loger plus étroitement sur cette terre que je ne le serai dans ma propre tombe. C’est pourquoi aucune mauvaise nouvelle ne peut réellement m’assombrir. J’ai appris à voir venir la mort avec le même calme que je vois tomber la nuit quand le jour décline. A chaque réveil, je me considère comme un condamné en sursis. Mais je ne suis pas pessimiste pour autant, mon commandant, et je ne serai nullement surpris si, un jour, je redevenais le grand chef que j’ai été. La vie est un drame qu’il faut vivre avec sérénité.

Amadou Hampâté Bâ
Amkoullel, l’enfant Peul
Mémoires
(Page 181)
Éditions BABEL
amkoullel l'enfant Peul
 

Chacun est et reste jusqu’à un certain point l’artisan de son propre bonheur

Lorsque j’étais enfant, je croyais en Dieu et puis vers seize ou dix-sept ans j’ai soudain eu des doutes. Plus tard, au cours de mes études, je me suis rendu compte que la physique arrive à ses limites avec l’origine de la matière, le quark, qu’elle ne peut expliquer. A ce moment là, on commence à nouveau à songer à Dieu. Lorsque nous estimons qu’il faut venir en aide aux pauvres et aux faibles du monde, c’est sûrement juste. Mais les pauvres et les faibles doivent aussi apprendre à faire quelque chose par eux-mêmes, à prendre leur destin en main. Chacun est et reste jusqu’à un certain point l’artisan de son propre bonheur.

Nicolas G. Hayek
Au delà de la saga Swatch
Page 213
Albin Michel
Nicolas Hayek, la saga swatch
 

Les personnages des vitraux semblaient sincèrement affligés

Les obsèques de Valérie Simpson furent déprimantes à souhait. Très bas de gamme.

Le révérend, un homme grassouillet au teint rougeaud, ne la connaissait pas. Il évoqua la courte vie de la défunte comme s’il avait lu son CV. Il se fendit des quelques clichés qui font toujours recette : « Fille aimante, jeune sportive méritante, destin tragique, ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers, blablabla. » Une organiste jouait de la pédale et du tuyau avec ennui. Quelques fleurs déjà flétries ornaient le cercueil, un peu comme les guirlandes qu’on passe autour d’un cheval gagnant après la course. Seuls les personnages des vitraux semblaient sincèrement affligés.

Balle de match
Harlan Coben
Pocket