Rendez-vous compte mère… La chaussée d’Antin !

– C’est que vous vieillissez.
– Mais quel moyen de sortir de cette langueur ?
– Le plus court mère, c’est de mourir.
Le fils affectueux se signale ensuite par un exploit qui montre à nu la beauté de son âme : il arrache la clé que sa mère porte autour du cou avec laquelle il ouvre un tiroir du secrétaire :
– Je me suis fait avoir une fois, je ne ferai pas avoir une seconde fois…
Il s’empare du testament de la mourante :
– Étant donné que vous possédez de grands biens et craignant d’être défavorisé au profit de demi-sœurs et demi-frères bâtards voire de domestiques, si vous mouriez ab intestat – sans qu’on retrouve vos dernières volontés écrites – je serais l’unique héritier aux yeux de la loi.
La marquise aux jarretières munies de pointes de fer soupire :
– J’aurais préféré que vous teniez de votre père… Et là que faites-vous encore ?
– J’enlève ce portrait de votre mari que je vais bruler et ainsi personne ne saura plus jamais à quoi il ressemblait. J’ai fait casser à la masse les cornes e, pierre de son portail et son blason. J’ai mis le feu à ses lettres. Le roi l’a appris va m’offrir une chaussée à Paris. Rendez-vous compte mère… La chaussée d’Antin !
Et sans un mot de plus, le gros courtisan part sans attendre la mise en bière ni même la mort de sa mère.

Jean Teulé
Le Montespan
Page 326
Julliard
Le Montespan, Jean Teulé
 

Que d’histoires parce que le roi aime à se rôtir le balai dans ma fille.

Gabriel de Rochechouart, duc de Mortemart, se sert une petite eau de cerise, en propose à son gendre qui refuse d’un geste en soupirant :
– Donc, il n’y a que mon oncle – Henri Gondrin, l’archevêque de Sens – pour prendre mon parti… Lui, blâme en plaine chaire l’adultère du roi.
– Sa majesté l’amadouera avec un chapeau de cardinal. Louis-Henri, être cocu, c’est la chance de votre vie. Ne la ratez pas, elle ne repassera pas.
– Comment peut-on penser que je me tairai, m’en accommoderai ?…
– Vous êtes fou.
– Fou de Françoise.
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Je la surnomme « le Torrent » tant elle est vorace de plaisirs.

– Quel est ce doigt qui n’a pas d’ongle ?

Voilà ce qu’entend la nouvelle domestique, âgée de huit ans, car les Montespan n’ont pas refermé la porte de leur chambre. Dans la cuisine, près de Mme Larivière, elle regarde le plafond, écoute grincer les pieds d’un lit, ce qui agace la cuisinière :

– Ah, la marquise est de l’étoupe la plus prompte à s’enflammer. Je la surnomme « le Torrent » tant elle est vorace de plaisirs. Elle sait bien battre le velours, rôtir le balai.

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Ces parpaings servent aussi pour la défenestration

Ces parpaings servent aussi pour la défenestration.
Le client s’étonne. Devant lui, Mishima étire une commissure de ses lèvres qui accentue l’arrondi d’une pommette sous des yeux ronds comme des billes aux sourcils qu’il relève :
– Oui, oui, oui, les parpaings vous rendent plus lourd. (… ) Avec le parpaing Magasin des suicides fixé à la cheville, vous tombez droit.
– Ah !
– Moi, souvent le soir, soulevant le rideau de notre chambre, je les regarde tomber des tours de la cité. Le parpaing…

Le magasin des suicides
Jean Teulé
Julliard

Le magasin des suicides - Jean Teulé