Les réalités de ce monde ne sont jamais ni entièrement bonnes ni entièrement mauvaises

De Courcelles, après avoir écouté la traduction de l’interprète, éclata de rire. Il me caressa la tête et m’éleva sur-le-champ au rang de Grand-Ami, tout comme mon petit frère.
Telles sont, à quelques détails près, les circonstances de ma première vraie rencontre avec un Blanc-Blanc appartenant à une race d’hommes que, jusqu’alors, je n’aimais point, par rancœur pour ce qu’ils avaient fait à mon père Tidjani. Lorsqu’il partit, je demandai à ma mère :
« – Dadda, le commandant de Courcelles n’est-il pas un toubab ?
– Si, me répondit-elle, mais c’est un bon toubab. »
Cette réponse me troubla. J’avais décidé de haïr tous les toubabs, mais comment pouvais-je détester ce commandant si gentil, dont j’entendais dire qu’il avait tout fait pour faire libérer mon père ? J’apprenais pour la première fois que les réalités de ce monde ne sont jamais ni entièrement bonnes ni entièrement mauvaises, qu’il faut savoir faire la part des choses et se garder de tout jugement préconçu.

Amadou Hampâté Bâ
Amkoullel, l’enfant Peul
Mémoires
(Page 191)
Éditions BABEL
amkoullel l'enfant Peul
 

Vous réalisiez l’impossible parce qu’il vous avait convaincu que vous pouviez le faire.

Quand les membres de l’équipe Mac furent piégés dans le champ de distorsion de Jobs, ils étaient quasiment hypnotisés. « Il me faisait penser à Raspoutine, raconte Debi Coleman. Il braquait ses yeux sur vous, comme deux lasers, et vous regardait fixement. Il pouvait vous servir n’importe quoi, même du soda empoisonné, vous le buviez sans brocher. » Mais comme Wozniak, elle pense que le CDR avait un effet énergisant. Grâce à lui, Jobs était parvenu à dynamiser toute l’équipe et à trouver des idées pour changer le cours de l’histoire dans le domaine informatique, et tout ça avec dix fois moins de moyens que Xerox ou IBM. « C’était un effet de distorsion qui modifiait le réel, insiste-t-elle. Vous réalisiez l’impossible parce qu’il vous avait convaincu que vous pouviez le faire. »

Walter Isaacson
Steve Jobs
(page 149)
Editions JC Lattès
Steve Jobs, par Walter Isaacson
 

Le champ de distorsion de la réalité

Au début, Hertzfeld pensait que Tribble exagérait. Mais après deux semaines à côtoyer Jobs, il vit à plusieurs reprises se produire le phénomène : « Le CDR était un mélange troublant de charisme et de force mentale ; c’est la volonté de plier les faits pour qu’ils entrent dans le moule. Si un argument ne faisait pas mouche, Steve passait aussitôt au suivant. Au besoin, il vous prenait de court et adoptait soudain votre point de vue, comme si cela avait toujours été le sien, et sans jamais reconnaître qu’il était d’un avis contraire la seconde précédente. »

Walter Isaacson
Steve Jobs
(page 148)
Editions JC Lattès
Steve Jobs, par Walter Isaacson
 

En sa présence, la réalité devient malléable. Il peut faire croire à n’importe qui à peu près n’importe quoi.

Quand Andy Hertzfeld rejoignit l’équipe Mac, Bud Tribble, l’autre développeur logiciel, lui expliqua la montagne de travail qu’il restait à faire. Jobs voulait l’ordinateur fini pour janvier 1982, soit moins d’un an plus tard.
– C’est de la folie, bredouilla Hertzfeld. C’est impossible.
Tribble lui expliqua que Jobs ne voulait rien savoir.
– La meilleure définition de cette bizarrerie, tu l’as dans Star Trek. Steve crée un champ de distorsion de la réalité.
Devant l’air ahuri de Hertzfeld, Tribble développa :
– En sa présence, la réalité devient malléable. Il peut faire croire à n’importe qui à peu près n’importe quoi. L’effet, certes, se dissipe quand il n’est pas là, mais cela t’empêche sérieusement d’avoir des prévisions réalistes pour quoi que ce soit !

Walter Isaacson
Steve Jobs
(page 147)
Editions JC Lattès
Steve Jobs, par Walter Isaacson
 

L’allumette, ça s’éteint très vite et on en prend aussitôt une autre, ça donne de l’espoir et ça soulage chaque fois

Cette nuit-là, j’ai eu de nouvelles hallucinations : je voyais la réalité, qui est le plus puissant des hallucinogènes. C’était intolérable. J’ai un copain à la clinique qui a de la veine, qui voit des serpents, des rats, des larves, des trucs sympas, quand il hallucine. Moi je vois la réalité. Je me suis levé, j’ai allumé l’espoir, pour faire un peu clair et moins vrai. Une allumette, je veux dire. N’avouez jamais. Je n’ai pas allumé l’électricité, parce que ça reste tout le temps, mais l’allumette, ça s’éteint très vite et on en prend aussitôt une autre, ça donne de l’espoir et ça soulage chaque fois. Il y a cinquante civilisations dans une boîte d’allumettes, ça vous donne cinquante fois plus d’espoir qu’avec une seule électricité.

Pseudo
Romain Gary (Emile Ajar)
Gallimard
Pseudo de Romain Gary (Emile Ajar)
 

Peu importe la réalité, pouvu qu’on ait l’apparence

– Laissez-moi vous rappeler notre dernière conversation Myron. Voyons si votre mémoire est aussi fidèle que la mienne. Ou bien vous acceptez mes conditions ou Mlle Kathy Culver fait la une des médias en costume d’Eve. Ce qui pour votre poulain, signifie la fin de sa carrière. Et de la vôtre, par la même occasion.

– Mais Christian n’a rien à vois là-dedans, Otto. Ce n’est jamais que la photo de son ex !

– Aucune importance. N’oubliez jamais ceci Myron : les journalistes sont comme nous, avides de chair fraiche. Peu importe la réalité, pourvu qu’on ait l’apparence.

Rupture de contrat
Harlan Coben
Pocket