Aucune blessure n’est irreversible. On peut transformer ses meurtrissures en force

– Je ne sais pas si tu te souviens de mon métier, mon ange… Lorsque tu m’avais demandé ce que faisais, je t’avais répondu que j’étais docteur, mais un docteur un peu spécial qui soignait les blessures de l’âme. C’est difficile à expliquer : les gens viennent me voir lorsqu’ils souffrent à l’intérieur. Ils souffrent parce qu’ils ont subi des épreuves qui leur laissent des plaies au coeur. Ce sont des douleurs difficiles à soigner…
Le médecin sembla chercher ses mots avant de poursuivre :
– Souvent, ces personnes se sentent fautives de quelque chose, même si elles ne sont coupables de rien. Mon métier, c’est de les convaincre qu’on peut renaître de ses souffrances. Aucune blessure n’est irreversible. J’en suis profondément convaincu. On peut transformer ses meurtrissures en force. Ce n’est pas quelque chose de magique. Ca prend du temps. Souvent, on ne guérit pas totalement. La douleur ne disparait jamais vraiment. Elle reste tapie au fond de nous, mais elle nous laisse revenir à la vie et continuer notre chemin. Je sais que ce n’est pas facile à comprendre, mais tu es une petite fille intelligente.

Guillaume Musso
Parce que je t’aime
Pages 91 et 92
Pocket
Parce que je t'aime
 

Anquetil se dope et le dit publiquement

Anquetil se dope et le dit publiquement dans l’Equipe en 1967 : « Il faut être un imbécile ou un faux jeton pour s’imaginer qu’un cycliste professionnel qui court 235 jours par an peut tenir le coup sans stimulants. »

Un équipier prépare tout dans sa gamelle métallique. Les cachets, les piqûres. Des amphétamines, toujours, pour rendre la route possible, pour mettre de l’intensité, du rose sur la chaussée, pour chasser plus loin la douleur et la fatigue, pour pédaler enfin comme Sartre écrit, pour pédaler comme les enfants bientôt danseront, dans l’oubli de soi et du monde, dans un jour libéré du mal aux jambes où l’on se sent juste un peu plus fort que soi-même. Pédaler au bord du rêve.

Paul Fournel
Anquetil tout seul
Page 66
Seuil
Anquetil tout seul
 

Plus la course est dure, plus j’éprouve la douleur des autres, et elle calme la mienne.

J’ai fait des réserves de douleur. A l’entraînement, derrière le derny de Boucher, derrière la Mercedes de Janine, ou même devant, lorsqu’elle me pousse. A 60 à l’heure, je vais plus vite que la course, plus vite que moi. Je m’entraîne en douleur. Mes entraineurs n’ont pas le droit de ralentir, ils doivent me tirer dans des endroits de souffrance que je suis le seul à connaître. Même si je les supplie, ils ne doivent pas. Serrer les dents, tenir, ne jamais mettre les mains dans le dos. Le jour de la course, lorsque je me retrouve livré à moi-même et que je souffre comme un chien, je sais au fond de moi que je connais des douleurs plus terribles encore. Cela me donne une marge minuscule qui me permet de me faire plus mal que les autres coureurs. Plus la course est dure, plus j’éprouve la douleur des autres, et elle calme la mienne.

Paul Fournel
Anquetil tout seul
Pages 16 et 17
Seuil
Anquetil tout seul