« Le temps passe » ou « le temps s’en vient » ?

Un premier choix, un premier désir, c’est le choix de l’avenir et de l’inconnu, résolument. Martin Heidegger s’étonnait que, en langue allemande comme en français, l’expression courante était que « le temps passe » comme s’il était devant nous et qu’il s’échappait derrière nous, nous entraînant vers le passé, alors qu’on aurait pu choisir de dire : « le temps s’en vient » , indiquant ainsi que le temps vient à notre rencontre pour nous accompagner vers l’avenir. On peut avoir l’envie d’avenir, contrairement à bon nombre de gens qui tombent dans l’avenir à reculons, on peut faire délibérément le choix de l’avenir, et s’engager à y marcher avec le pas alerte de l’éthique.

Jacques Peter
Contenir le réchauffement climatique.
Un défi pour nos petits-enfants.
Page 13
Edition Amalthée
Jacques Peter - contenir le rechauffement climatique
 

Le temps du monde fini commence

Puisque nous avons fait appel à Paul Valéry, continuons à le solliciter. En 1936 ou 1937, il conclut une longue réflexion sur l’histoire et la politique, par un constat : « Je constatai aussitôt un événement considérable, un fait de première grandeur : Le temps du monde fini commence. » Une solidarité et une dépendance toute nouvelle entre régions s’instaurent. toute politique spéculait l’indépendance des événements ; ils sont maintenant interconnectés ; les effets des effets, autrefois négligeable relativement à la durée d’une vie humaine, se font sentir et à toutes distances, et reviennent ainsi sur leurs causes ; il n’y a plus de surplus où on trouverait des ressources nouvelles pour colmater les désordres ; pas ou plus de potion magique dans le chaudron ; la solution, s’il en est, n’est pas dans le « plus », mais dans le « moins » . Déjà, vers les années 1970, le Club de Rome l’avait dit : « Prenons garde, notre vaisseau spatial n’est pas une surface infiniment extensible… L’abbé Pierre prophétisait à la fin de sa vie : « L’urgence est au partage. »

Jacques Peter
Contenir le réchauffement climatique.
Un défi pour nos petits-enfants.
Page 11
Edition Amalthée
Jacques Peter - contenir le rechauffement climatique
 

L’homme a bien du mal à s’inscrire dans le temps et dans la durée du temps

D’une façon générale, l’homme a bien du mal à s’inscrire dans le temps et dans la durée du temps. Penser le temps, c’est comme labourer la mer, constate Étienne Klein dans son livre au titre provocateur : « le temps existe-t-il ? ». Et déjà Saint-Augustin, dans une méditation justement célèbre, reconnaît la quasi impossibilité de bien parler du temps ! Oui, il est bien difficile à l’homme de se reconnaître dans la quatrième dimension – le temps – alors qu’il se meut avec aisance dans les trois autres. Paul Valéry disait, déjà avant la guerre de 39-45, « nous tombons dans l’avenir en reculant ». On peut constater cette impuissance viscérale des gens de toutes sortes à considérer l’avenir, au-delà bien sûr de leur espace personnel, circonscrits à leur égoïsme, à leur pré-carré et strictement dans le droit-fil de leurs habitudes. En somme, les gens sont, en général, fatalistes…
L’homme a quand même inventé quelques façons de se rendre maître du temps, ou plutôt, de se donner l’illusion qu’il est le maître du temps comme il veut l’être de l’univers. Pour se débarrasser des pythies et autres diseuses d’oracles en forme de viscères d’oiseaux, pour se dispenser du noir de café, l’homme a inventé des programmes, des plannings, qui lui servent à se sentir maître du temps. En vue d’une espérance de la paix sociale, il a aussi inventé des traités et conventions pour tenter de réguler les comportements erratiques de ses partenaires, concurrents, adversaires et ennemis. Un temps planifié, c’est un temps maîtrisé, en quelque sorte colonisé. À condition que l’on puisse à peu près prévoir ce que demain pourrait être fait…
Certains d’entre nous persistions à croire que demain pourrait être meilleur qu’aujourd’hui. Mais voilà que « l’avenir n’est plus ce qu’il était », constatait le même Paul Valéry ! Alors, comment prévoir ? On ne peut pas faire l’effort de se retourner pour regarder demain : il est caché dans un état brouillard.

Jacques Peter
Contenir le réchauffement climatique.
Un défi pour nos petits-enfants.
Pages 9 et 10
Edition Amalthée
Jacques Peter - contenir le rechauffement climatique
 

IL faut parfois être patient et laisser du temps au temps

Si l’on s’est laissé porter dans sa carrière jusque là, à quarante ans il faut trouver un appui pour franchir de nouveaux échelons. Chez quelques-uns on sent un très fort potentiel et il faut arriver à casser délicatement mais suffisamment la coque de la noix pour y révéler le cerneau, mais gare aux déceptions. Il faut bien les deux, le beau cerneau qui existe avant d’être révélé et le casse-noix adapté pour le découvrir sans le briser. Il faut parfois être patient et laisser du temps au temps.

Entretien avec Alain S.
Directeur dans une grande entreprise française
 

Jean-Jacques dispose de cette chose précieuse et généreuse qu’on appelle… le temps !

J’adore quand Jean-Jacques Vannier est là. Il nous envoute, on l’écoute, il nous emmène dans des zones inconnues, on n’a plus de notion d’espace, ni de l’heure qu’il est. On s’en fout d’ailleurs, on n’a pas rendez-vous, on est bien. Jean-Jacques dispose de cette chose précieuse et généreuse qu’on appelle… le temps !

Sur la base d’une réplique de Kriss
France Inter
dimanche 4 décembre 2004
 

Plus on a plus on compte

Quand même, tout compter sans cesse, ça vous occupe pas mal. Curieusement, Grégor ne procède pas ainsi avec l’argent. Il est cependant riche et chacun sait que, souvent, plus on a plus on compte. Il pourrait sans doute l’être davantage mais il ne semble pas s’en soucier tellement, satisfait de son train de vie sans paraître vouloir l’améliorer encore. Le temps, par contre, il le compte bien sûr sans faillir depuis près de cinquante ans. Continue reading « Plus on a plus on compte »

 

Tu te plaindras souvent de manquer de temps

J’imagine le génie de la lampe d’Aladin à qui j’aurais exprimé ce souhait : « Je voudrai vivre deux fois plus longtemps et travailler deux fois moins que mon grand-père Joseph, mort en 1904. – Accordé ! Et en plus, tu pourras voyager dix fois plus vite que lui pour dix fois moins cher, communiquer avec le monde entier tout en marchant dans la rue et recevoir sur un écran, dans ton salon, tous les spectacles et toutes les connaissances du monde. Je ne te demande même pas de me donner ton âme en échange. Prévois seulement une petite contrepartie : tu te plaindras souvent de manquer de temps pour profiter de cette abondance. »

Jean-Louis Servan-Schreiber
Trop vite !
Pourquoi nous sommes prisonniers du court terme
Albin Michel
trop vite
 

L’imagination est une forme de mémoire

L’amnésie est un mensonge par omission. Le temps est une caméra, le temps fait défiler les photographies. Le seul moyen de savoir ce qui s’est passé entre le 21 septembre 1965 et le 21 septembre 1980, c’est de l’inventer. Il est possible que j’ai cru être amnésique alors que j’étais juste un paresseux sans imagination. Nabokov et Borges disent, à peu de choses près, la même chose : l’imagination est une forme de mémoire. Continue reading « L’imagination est une forme de mémoire »