Je sais bien que ça va venir un jour, mais plus tard, c’est mieux…

Mon père est mort.
Il a eu un accident.
Youka aussi, elle est morte.
C’est normal de mourir, quand on est trop vieux. Raymond et Mine, ils ne sont pas encore trop vieux.
Juste un petit peu… Ils disent qu’ils ont encore le temps.
Mais peut être qu’ils disent ça pour que j’ai pas peur…
J’aimerai pas qu’ils meurent déjà.
Je sais bien que ça va venir un jour, mais plus tard, c’est mieux…

Barbara Constantine
Allumer le chat
(Page 125)
calmann-lévy
Allumer le chat de Barbara Constantine
 

Ils paraissaient si vieux, tout à coup. C’est souvent comme ça, non ?

Ils paraissaient si vieux, tout à coup. C’est souvent comme ça, non ? Quand on n’a pas vu un enfant depuis un bout de temps, on s’étonne de découvrir combien il a grandi. Quand on n’a pas vu une personne âgée depuis un bout de temps, on s’étonne de découvrir combien elle a vieilli. A quel moment mes parents si dynamiques avaient-ils franchi la ligne ? Maman avait la tremblote, son Parkinson s’aggravait. Son esprit, déjà un brin excentrique à la base, voguait à la dérive. Papa se portait relativement bien, malgré quelques petits soucis cardiaques, mais nom de Dieu ce qu’ils avaient l’air vieux !

Harlan Coben
Sans laisser d’adresse
Thriller
Pocket
harlan coben
 

Son maquillage semblait avoir été appliqué avec des balles de paintball dans un placard sans lumière

Le pub était vieux et décrépit, avec un petit air factice qui ne l’en rendait que plus authentique. Les femmes étaient grandes, avec une forte poitrine et une tignasse en désordre. Beaucoup portait un sweat Flashdance, genre qui découvre une épaule. L’une d’elles a lorgné Win. Il lui manquait plusieurs dents. Elle avait de petits rubans dans les cheveux, qui ne retenaient rien du tout, style Madonna à l’époque de Starlight, et son maquillage semblait avoir été appliqué avec des balles de paintball dans un placard sans lumière.

Harlan Coben
Sans laisser d’adresse
Thriller
Pocket
harlan coben
 

Et ce type, là, ce vieux, c’est mon fils?

Il est une source de tristesse plus vacharde encore que la découverte de son premier cheveu blanc. C’est voir blanchir la tête de ses enfants. Si détaché soit-on, on ressent cela comme une violation des lois naturelles. Ce petit bout d’homme qui me cavalait dans les jambes, voilà qu’il me rejoint au club, au club maudit des voyageurs en attente du dernier train ? On se souvient alors de la désinvolture bien imitée avec laquelle on a soi même accueilli le premier fil blanc, c’est pas dur, c’était hier, merde, mais oui, hier, ou le jour d’avant, peut-être, mais pas plus loin ! Je n’ai rien vu, tout m’a filé entre les doigts, et voilà, je ne me suis jamais senti vieux, c’est pour bientôt, d’accord, mais pas pour aujourd’hui !

François Cavanna
Lune de miel
Page 225
Gallimard
lune de miel
 

Quand je serai vieux (2/2)

Suite du post d’hier

« Quand je serai vieux… » Mais c’est maintenant ! Je l’étais, vieux, et depuis un bout de temps, à en croire l’état de liquéfaction de cette pauvre gueule. Je ne m’en étais pas aperçu. A quel moment exactement passe-t-on la ligne ? Le salarié sait : au moment précis où les collègues lèvent leur verre de mousseux en lui offrant la canne à pêche du départ à la retraite. Le P.-D.G. sait : au moment précis où il fait virer sur son compte personnel les millions d’euros marquant son départ vers d’autres fructueuses destinées. Moi, j’ai manqué de repères. Bon. Ne nous laissons pas abattre. Le moment est venu. Le « quand je serai vieux », c’est aujourd’hui. Le futur imprécis fait place au présent de l’indicatif, l’avenir radieux commence. Plongeons dans le tas de jolis projets réunis à aujourd’hui. Attaquons les rayonnages serrés de livres sublimes mis de côté pour cet heureux jour.

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Quand je serai vieux (1/2)

Il y a des choses, tout au long de ma vie, je me disais : « Je ferai ça quand je serai vieux « , des livres : « Je lirai ça quand je serai vieux. » C’est ainsi que je me suis constitué une liste de choses passionnantes à faire, une bibliothèque de livres à lire, de quoi occuper une bonne douzaine de vieillesses hyperactives dotées d’un appétit de lecture insatiable.

Un jour, ayant décidé d’effectuer je ne sais plus quel menu labeur de maçonnerie amusante et ayant décidé, à mon habitude, de me le garder au chaud pour « quand je serai vieux », mes yeux tombèrent, comme tombent les yeux – je signale que seuls les yeux français « tombent » sur les choses -, sur un miroir qui se trouvait là, bêtement pendu à un clou, comme souvent ils pendent.

Je dois ici, avant d’aller plus loin, signaler une par- particularité qui, je n’en doute pas, doit être l’expression d’un profond trouble psychique, mais je ne vois pas bien lequel. Voici : je ne me regarde jamais dans un miroir. Je n’aime pas ma gueule. Je ne la supporte pas. Je me rase en me forçant à ne regarder que le petit carré de peau strictement de la largeur délimitée par la lame.

Je me voudrais plus… moins… Je ne sais pas, en fait. Quand, par mégarde, mes yeux tombent – encore ! – sur un miroir qui ne devrait pas se trouver là ou sur -le reflet de ma déplaisante personne soudain apparu sur la vitre d’une devanture de boutique réfléchissant le soleil sous un angle insolite, un haut-le-coeur me fait sursauter, je blêmis et, vite, je regarde ailleurs. C’est ce qui m’arriva le jour dont je vous parle. Je me vis.

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Mon Juif

Une fois, j’ai vu un Juif. Un seul. Au carrefour de la Köpenicker Landstrasse et de Baumschulenweg. Il était tout vieux, tout petit sous une vaste casquette d’employé municipal ou quelque chose comme ça. Il maniait un petit bâton muni au bout d’une languette en fer avec quoi il grattait la rainure des rails du tramway pour en extirper cette cochonnerie noire qui peu à peu s’accumule et finit pas faire dérailler le tramway.

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