A trop vouloir faire du mal à quelqu’un, il arrive qu’on finisse par provoquer les conditions qui feront son bonheur

A trois reprises, par pure malignité, je refusai le porteur que Koniba Kondala me présentait, lui trouvant chaque fois un défaut plus ou moins fantaisiste, uniquement pour bien faire sentir à Koniba Kondala que j’étais déjà devenu plus « chef » que lui. Je le fis courir toute une journée à la recherche du porteur idéal. A la fin, excédé, il alla trouver Beydari pour lui demander de me faire entendre raison.
« Si j’avais su, se lamenta-t-il, jamais je n’aurais envoyé ce petit morveux d’Amkoullel à l’école ! Je m’en mors les doigts jusqu’à la deuxième phalange ! »
Beydari était ravi. Il répliqua en citant l’adage « A trop vouloir faire jeter au loin une grenouille qui vous dégoute, elle finit par tomber dans une bonne mare » – autrement dit, à trop vouloir faire du mal à quelqu’un, il arrive qu’on finisse par provoquer les conditions qui feront son bonheur. « O Konika Kondala, ajouta-t-il, il t’arrive avec Amkoullel ce qui arrive à un homme malintentionné qui se couche sur le dos et pisse en l’air pour essayer de salir le ciel. Non seulement son urine n’atteint jamais son but, mais finalement c’est sur son propre ventre qu’elle retombe.

Amadou Hampâté Bâ
Amkoullel, l’enfant Peul
Mémoires
(Page 354)
Éditions BABEL
amkoullel l'enfant Peul
 

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