Ils ne m’ont pas attribué de sexe

A l’heure du déjeuner, Scott Forstall et Phil Schiller entrèrent dans la salle pour montrer les maquettes de produits qu’Apple avait en développement. Jobs les mitrailla de questions, leur rappelant les fonctionnalités que les réseaux de mobile de quatrième génération devaient offrir, ainsi que les caractéristiques que devaient posséder les futurs téléphones portables. A un moment, Forstall fit l démo d’une application de reconnaissance vocale. Comme c’était à craindre, Jobs s’empara du téléphone au beau milieu de la démo et tenta de le prendre en défaut. « Quel temps fait-il à Palo Alto ? » L’application répondit sans faillir. Après quelques questions plus ou moins pièges, Jobs sortit la grosse artillerie pour coincer le programme : « Êtes-vous une femme ou un homme ? » Incroyable mais vrai, le programme répondit de sa voix de synthèse : « Ils ne m’ont pas attribué de sexe. » Cet épisode égaya l’atmosphère.

Walter Isaacson
Steve Jobs
(Page 626)
Editions JC Lattès
Steve Jobs, par Walter Isaacson
 

Il était temps qu’il sache ce que faisait son père

Heureusement, Tim Cook réussit à le sortir de sa léthargie. Il cita une personne qui avait dit qu’Apple devenait le nouveau Microsoft, à savoir arrogant et suffisant. Le lendemain, Jobs changea entièrement d’attitude : « Il est temps de régler cette affaire ! »
Une fois les données relatives aux appels interrompus rassemblées par AT&T, le patron d’Apple comprit qu’il y avait réellement un problème, même s’il avait été exagéré par les médias. Aussi quitta-t-il Hawaii, après avoir passé plusieurs coups de téléphone cruciaux. Il était temps de rassembler quelques personnes de confiance, de vieux amis qui étaient à ses côtés au moment de la naissance du premier Macintosh, trente ans auparavant.
Son premier appel fut pour Régis McKenna, le gourou des relations publiques. « Je rentre d’Hawaii pour régler cette histoire d’antenne et je vais avoir besoin de tes conseils. » Régis était d’accord. Ils convinrent de se retrouver à Cupertino, dans la salle de réunion d’Apple, à 13h30 le lendemain. Son second appel fut pour Lee clow. Le publicitaire avait essayé de prendre ses distances avec Apple, mais Jobs aimait l’avoir à ses côtés. Son collègue James Vincent fut convié lui aussi.
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Personne n’aime les conférences, en revanche, les gens adorent les histoires.

Alex Haley lui avait dit un jour que le meilleur moyen de commencer un discours était de dire : « Laissez-moi vous raconter une histoire… » Personne n’aime les conférences, en revanche, les gens adorent les histoires. C’est l’approche qu’adopta le P-DG d’Apple: « Aujourd’hui, je vais vous raconter les trois histoires de ma vie. C’est tout. Rien d’autre. Juste trois histoires. »
(…) Ce fut la troisième histoire qui fascina réellement l’auditoire. Continue reading « Personne n’aime les conférences, en revanche, les gens adorent les histoires. »

 

Jobs lança une nouvelle grande stratégie qui allait révolutionner Apple – et l’industrie technologique tout entière.

C’est à ce moment-là que Jobs lança une nouvelle grande stratégie qui allait révolutionner Apple – et l’industrie technologique tout entière. L’ordinateur personnel, au lieu de s’éloigner du centre de la vie des gens, allait devenir le « foyer numérique » qui coordonnerait tous les appareils électroniques – lecteurs de musique, graveurs, caméras. On allait pouvoir synchroniser tous ces appareils grâce à l’ordinateur et ainsi gérer musique, photos, vidéos, et données personnelles, soit tous les aspects de notre « mode de vie numérique », selon l’expression de Jobs. Apple ne serait plus une entreprise uniquement dédiée aux ordinateurs (Apple Computer s’appellerait désormais simplement Apple) et le Macintosh verrait ses ventes dopées, pendant au moins une décennie, en devenant une station d’accueil d’une incroyable gamme de nouveaux appareils – incluant l’iPod, l’iPhone et l’iPad.
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Tu dois changer de cap, orienter Apple vers un autre produit. Tu dois être comme un papillon et accomplir ta métamorphose.

Ils passèrent le reste du temps à parler de l’avenir d’Apple. Jobs voulait édifier une société qui lui survive et il lui demanda conseil. Markkula lui répondit que les sociétés qui perdurent sont celles qui savaient se renouveler. C’est ce qu’avait fait sans cesse Hewlett-Packard ; elle avait commencé par construire des instruments de mesure, puis des calculettes, puis des ordinateurs. « Apple a été évincé par Microsoft sur le marché des micro-ordinateurs, lui expliqua Markkula. Tu dois changer de cap, orienter Apple vers un autre produit. Tu dois être comme un papillon et accomplir ta métamorphose. » Jobs ne fut guère loquace, mais il retint la leçon.

Walter Isaacson
Steve Jobs
(Pages 369 et 370)
Editions JC Lattès
Steve Jobs, par Walter Isaacson
 

La simplicité est la sophistication suprême

Jobs tenait à ce que les articles d’Apple soient simples et élegants. « Apple doit avoir un design beau et pur, jouer la carte de la transparence et de la convivialité pour ses produits, à l’inverse de Sony, avec son design industriel surchargé et noir, noir et encore noir ! exhortait-il. Nous devons chercher la simplicité avant tout, faire des oeuvres d’art dignes d’être exposées au Museum of Modern Art. Que ce soit dans le management de l’entreprise, l’apparence de nos produits, nos publicités, tout doit aller dans le même sens : faisons simple. Vraiment simple. » Ce mantra sera écrit noir sur blanc sur la première brochure d’Apple : « La simplicité est la sophistication suprême. »

Walter Isaacson
Steve Jobs
(page 157)
Editions JC Lattès
Steve Jobs, par Walter Isaacson
 

Vous réalisiez l’impossible parce qu’il vous avait convaincu que vous pouviez le faire.

Quand les membres de l’équipe Mac furent piégés dans le champ de distorsion de Jobs, ils étaient quasiment hypnotisés. « Il me faisait penser à Raspoutine, raconte Debi Coleman. Il braquait ses yeux sur vous, comme deux lasers, et vous regardait fixement. Il pouvait vous servir n’importe quoi, même du soda empoisonné, vous le buviez sans brocher. » Mais comme Wozniak, elle pense que le CDR avait un effet énergisant. Grâce à lui, Jobs était parvenu à dynamiser toute l’équipe et à trouver des idées pour changer le cours de l’histoire dans le domaine informatique, et tout ça avec dix fois moins de moyens que Xerox ou IBM. « C’était un effet de distorsion qui modifiait le réel, insiste-t-elle. Vous réalisiez l’impossible parce qu’il vous avait convaincu que vous pouviez le faire. »

Walter Isaacson
Steve Jobs
(page 149)
Editions JC Lattès
Steve Jobs, par Walter Isaacson
 

La philosophie marketing d’Apple. Un : L’empathie. Deux : La convergence. Trois : L’incarnation.

Markkula consigna les principes fondateurs sur une page, intitulé « La philosophie marketing d’Apple. » Un : L’empathie, une connexion intime avec les attentes des clients. « Nous devons comprendre leurs besoins mieux que tout autre entreprise. » Deux : La convergence. « Afin que notre travail soit le plus efficace possible, il faut éliminer toute activité d’importance secondaire. »
Le troisième principe, tout aussi fondamental, était nommé, bizarrement : L’incarnation. Il était question de l’opinion que les gens se font d’une société en fonction des signaux qu’elle leur envoie. « Les gens jugent un livre à sa couverture, écrivait-il. Nous pouvons avoir le meilleur produit du marché, la meilleure qualité, le meilleur système d’exploitation, etc., si nous les présentons d’une manière merdique, tout sera perçu comme de la merde. Si nous les présentons d’une façon créative et professionnelle, nous « incarnons » de fait ces qualités. »
Durant le reste de sa carrière, Jobs se souciera, parfois avec excès, de l’image de ses produits, poussant le souci du détail jusqu’au carton d’emballage : « Quand on ouvre la boîte d’un iPhone ou d’un iPad, il faut que cette expérience tactile donne le ton, oriente déjà la façon dont le client va percevoir le produit. C’est Mike qui m’a appris ça. »

Walter Isaacson
Steve Jobs
(pages 104-105)
Editions JC Lattès
Steve Jobs, par Walter Isaacson