Nous t’avons choisi, toi.

Steve Jobs sut, depuis son plus jeune âge, qu’il avait été adopté. « Mes parents ont été très francs avec ça. » Il se revoyait, à six ou sept ans, assis dans l’herbe devant la maison, raconter ça à une fille qui habitait de l’autre côté de la rue. « Tes vrais parents ne voulaient donc pas de toi ? » répliqua alors la fille. « Ça a été comme un coup de tonnerre dans ma tête, me confia Jobs. Je me souviens avoir couru dans la maison, en pleurs. Et mes parents m’ont dit : « Non, tu n’as pas compris. » Ils avaient un air solennel et ils me regardaient droit dans les yeux : « Nous t’avons choisi, toi. » L’un après l’autre, ils m’ont répété ça, lentement, en insistant sur chaque mot.

Walter Isaacson
Steve Jobs
(page 24)
Editions JC Lattès
Steve Jobs, par Walter Isaacson
 

S’il y a une chose dont les mots ont horreur, c’est les jeux de mots : ça les débusque

S’il y a une chose dont les mots ont horreur, c’est les jeux de mots : ça les débusque. Enlevez aux mots leur sérieux, leur creux et leur pseudo-pseudo et ils sont menacés de santé et de bonnes joues fraiches. Les mots ont horreur de la santé parce que ça les rend malades.

Pseudo
Romain Gary (Emile Ajar)
Gallimard
Pseudo de Romain Gary (Emile Ajar)
 

De nos jours, les gens ne bavardent plus comme dans le temps autour du feu

De nos jours, les gens ne bavardent plus comme dans le temps autour du feu. Dès qu’on m’a installé confortablement quelque part, on me dit « chtt ! C’est Maigret ! » ou « c’est Eamon Andrews ! » et je dois rester assis là dans la semi-obscurité et regarder cette horrible télé ; on ne peut pas placer un mot, quand il a la télé qui marche.

Sarnia
G. B. Edwards
Points
Sarnia de G.B. EdwardsPage 166
 

Surmonter cette solitude qui nous est commune à tous

Toute douleur déchire ; mais ce qui la rend intolérable, c’est que celui qui la subit se sent séparé du monde ; partagée, elle cesse au moins d’être un exil. Ce n’est pas par délectation morose, par exhibitionnisme, par provocation que souvent les écrivains relatent des expériences affreuses ou désolantes : par le truchement des mots, ils les universalisent et ils permettent aux lecteurs de connaître, au fond de leurs malheurs individuels, les consolations de la fraternité. C’est à mon avis une des tâches essentielles de la littérature et ce qui la rend irremplaçable : surmonter cette solitude qui nous est commune à tous et qui cependant nous rend étrangers les uns des autres.

Tout compte fait
Simone de Beauvoir
Gallimard

NB. Cette citation est aussi la préface du livre d’Anny Duperey « je vous écris » aux éditions du Seuil.

 

Valoriser par le partage

Emma écrivait drôlement bien. L’année dernière, elle avait gagné un concours de rédaction. Sa rédac, qu’elle avait appelée Les rites et les mots parlait des célébrations des fêtes et de leurs changements au cours des ans. Leurs maux. Elle lui avait expliqué que le titre jouait sur le terme « mots » et le terme « maux », ce qu’elle appelait un calembour. Continue reading « Valoriser par le partage »

 

La façon dont il me serre la main

Rabière sourit, d’un sourire enfantin et clair. Son abord est mieux que sympathique : réconfortant. La seule façon dont il me serre la main, les seuls mots banaux qu’il prononce, c’en est déjà assez pour que tout gène soit abolie. Continue reading « La façon dont il me serre la main »

 

L’oppression du langage

Je m’étais toujours débattue contre l’oppression du langage ; à présent je me répétais la phrase de Barrès : « Pourquoi les mots, cette précision brutale qui maltraite nos complications ? ». Dès que j’ouvrais la bouche, je donnais Continue reading « L’oppression du langage »