Ils ne m’ont pas attribué de sexe

A l’heure du déjeuner, Scott Forstall et Phil Schiller entrèrent dans la salle pour montrer les maquettes de produits qu’Apple avait en développement. Jobs les mitrailla de questions, leur rappelant les fonctionnalités que les réseaux de mobile de quatrième génération devaient offrir, ainsi que les caractéristiques que devaient posséder les futurs téléphones portables. A un moment, Forstall fit l démo d’une application de reconnaissance vocale. Comme c’était à craindre, Jobs s’empara du téléphone au beau milieu de la démo et tenta de le prendre en défaut. « Quel temps fait-il à Palo Alto ? » L’application répondit sans faillir. Après quelques questions plus ou moins pièges, Jobs sortit la grosse artillerie pour coincer le programme : « Êtes-vous une femme ou un homme ? » Incroyable mais vrai, le programme répondit de sa voix de synthèse : « Ils ne m’ont pas attribué de sexe. » Cet épisode égaya l’atmosphère.

Walter Isaacson
Steve Jobs
(Page 626)
Editions JC Lattès
Steve Jobs, par Walter Isaacson
 

Proposer aux écoliers des leçons personnalisées et être des outils stimulant la curiosité et la motivation

Jobs aborda le sujet de l’enseignement et Gates lui dépeignit sa vision des écoles du futur, avec des élèves qui visionneraient des cours et des leçons vidéo par eux-mêmes tandis que le temps de classe serait consacré aux débats et aux résolutions des problèmes. Tous deux s’accordaient à penser que les ordinateurs n’avaient eu jusqu’ici que très peu d’impact sur les écoles – bien moins que sur d’autres champs de la société comme les médias, la médecine ou les administrations. Pour changer cela, dit Gates, les ordinateurs et les appareils portables devaient proposer aux écoliers des leçons personnalisées et être des outils stimulant la curiosité et la motivation.

Walter Isaacson
Steve Jobs
(Page 621)
Editions JC Lattès
Steve Jobs, par Walter Isaacson
 

Tu nous disais : « La récompense c’est le voyage. » Oui, j’ai appris certaines choses en chemin. Vraiment.

Le vendredi suivant, Jobs envoya un e-mail à une ancienne collaboratrice. Ann Bowers, la veuve du cofondateur d’Intel Bob Noyce. Elle avait été la directrice des ressources humaines d’Apple au début des années 1980, chargée de réprimander Jobs après ses colères et de panser les blessures de ses collaborateurs. Jobs lui demanda si elle voulait passer le voir le lendemain. Comme elle se trouvait à New York, elle lui rendit visite à son retour, le dimanche. Ce jour-là, Jobs souffrait beaucoup et n’avait guère d’énergie, mais il était impatient de lui montrer son projet.
– Tu peux être fière d’Apple, lui dit-il. Tu peux être fière de ce que nous avons bâti.
Puis il la regarda et lui posa une question qui faillit la laisser sans voix :
– Dis-moi, de quoi j’avais l’air, étant jeune ?
Ann Bowers s’efforça de lui donner une réponse sincère.
– Tu étais très impétieux et très difficile à vivre. Mais ta vision était fascinante. Tu nous disais : « La récompense c’est le voyage. » Il s’avère que tu avais raison.
– Oui, j’ai appris certaines choses en chemin.
Puis quelques minutes plus tard, il répéta, comme pour rassurer Bowers et lui même :
– Oui, j’ai appris certaines choses en chemin. Vraiment.

Walter Isaacson
Steve Jobs
(Pages 603 et 604)
Editions JC Lattès
Steve Jobs, par Walter Isaacson
 

Nous ne sommes pas parfaits. Nos téléphones ne sont pas parfaits. Nous le savons tous. Mais nous voulons le bonheur de nos clients.

Il subjugua son auditoire en quatre phrases : « Nous ne sommes pas parfaits. Nos téléphones ne sont pas parfaits. Nous le savons tous. Mais nous voulons le bonheur de nos clients. »
(…)
Scott Adams, le créateur de Dilbert, était tout aussi incrédule, mais bien plus admiratif. Il écrivit sur un blog quelques jours plus tard (que Steve transféra fièrement à ses proches) qu’il était émerveillé par les « grandes manœuvres » de Jobs, qui seraient un jour étudiées comme les nouveaux standards en matière de relations publiques. « La réaction d’Apple au problème de l’iPhone 4 n’a rien à voir avec ce qu’on apprend dans les écoles de communication ; car Jobs a ses propres règles. Si vous voulez savoir à quoi ressemble le génie, étudiez les paroles de Jobs. » En proclamant en public que les téléphones n’étaient pas parfaits, le patron d’Apple avait transformé une argumentation en affirmation indiscutable. « Si Jobs n’avait pas déplacé le débat de l’iPhone 4 aux smartphones en général, j’aurais pu créer une bande dessinée hilarante sur un produit défaillant qui ne marchait plus dès qu’il entrait en contact avec une main humaine. Mais dès qu’il s’agit d’une problématique généraliste sur les téléphones, l’humour ne prend plus. Rien n’étouffe mieux l’humour qu’une vérité générale et ennuyeuse. »

Walter Isaacson
Steve Jobs
(Pages 588 et 589)
Editions JC Lattès
Steve Jobs, par Walter Isaacson
 

Il était temps qu’il sache ce que faisait son père

Heureusement, Tim Cook réussit à le sortir de sa léthargie. Il cita une personne qui avait dit qu’Apple devenait le nouveau Microsoft, à savoir arrogant et suffisant. Le lendemain, Jobs changea entièrement d’attitude : « Il est temps de régler cette affaire ! »
Une fois les données relatives aux appels interrompus rassemblées par AT&T, le patron d’Apple comprit qu’il y avait réellement un problème, même s’il avait été exagéré par les médias. Aussi quitta-t-il Hawaii, après avoir passé plusieurs coups de téléphone cruciaux. Il était temps de rassembler quelques personnes de confiance, de vieux amis qui étaient à ses côtés au moment de la naissance du premier Macintosh, trente ans auparavant.
Son premier appel fut pour Régis McKenna, le gourou des relations publiques. « Je rentre d’Hawaii pour régler cette histoire d’antenne et je vais avoir besoin de tes conseils. » Régis était d’accord. Ils convinrent de se retrouver à Cupertino, dans la salle de réunion d’Apple, à 13h30 le lendemain. Son second appel fut pour Lee clow. Le publicitaire avait essayé de prendre ses distances avec Apple, mais Jobs aimait l’avoir à ses côtés. Son collègue James Vincent fut convié lui aussi.
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Jobs a conçu un ordinateur si puissant qu’un enfant illettré de six ans peut le manipuler sans aucune indication

Jobs fut ému par une histoire que lui relata Michael Noer, de Forbes.com. Noer lisait un roman de science-fiction sur son iPad pendant son séjour dans une laiterie, au cœur de la région rurale au Nord de Bogota, en Colombie, quand un gamin pauvre âgé de six ans chargé de nettoyer les étables s’approcha de lui. Curieux, l’homme lui tendit la tablette. Le garçon, qui n’avait jamais vu d’ordinateur, l’utilisa intuitivement. Il se mit à balayer l’écran, lancer des applications, et même jouer à un jeu. « Jobs a conçu un ordinateur si puissant qu’un enfant illettré de six ans peut le manipuler sans aucune indication, écrivit Noer. Si ce n’est pas de la magie, ça ?! »
En moins d’un mois, Apple vendit un million d’iPad. Deux fois plus que l’iPhone au moment de sa sortie. En mars 2011, neuf mois après son lancement, quinze millions d’unités s’étaient écoulées. Finalement, ce fut le lancement d’un bien de consommation le plus réussi de l’histoire.

Walter Isaacson
Steve Jobs
(Pages 562 et 563)
Editions JC Lattès
Steve Jobs, par Walter Isaacson
 

A certains moments dans la vie, l’intuition ou l’audace sont préférables

« Après cinq minutes de discussion avec Steve, j’étais prêt à envoyer toute prudence par-dessus bord et à rejoindre l’équipe de Cuppertino. Mon intuition me soufflait qu’entrer dans les rangs d’Apple était une opportunité unique, celle de travailler avec un génie. » Sa décision était prise. « Un ingénieur est censé faire des choix rationnels, de façon analytique, mais à certains moments dans la vie, l’intuition ou l’audace sont préférables. »
Chez Apple son rôle était de mettre en œuvre les idées de son patron, ce qu’il accomplit avec efficacité. Jamais marié, Cook se consacrait corps et âme à son travail. Il se levait à 4h30, envoyait ses e-mails, faisait une heure de gym, et arrivait au bureau vers 6 heures.

Walter Isaacson
Steve Jobs
(Page 411)
Editions JC Lattès
Steve Jobs, par Walter Isaacson
 

Personne n’aime les conférences, en revanche, les gens adorent les histoires.

Alex Haley lui avait dit un jour que le meilleur moyen de commencer un discours était de dire : « Laissez-moi vous raconter une histoire… » Personne n’aime les conférences, en revanche, les gens adorent les histoires. C’est l’approche qu’adopta le P-DG d’Apple: « Aujourd’hui, je vais vous raconter les trois histoires de ma vie. C’est tout. Rien d’autre. Juste trois histoires. »
(…) Ce fut la troisième histoire qui fascina réellement l’auditoire. Continue reading « Personne n’aime les conférences, en revanche, les gens adorent les histoires. »

 

La créativité émane de réunions spontanées, de discussions anecdotiques.

A l’origine, Lasseter voulait un studio hollywoodien traditionnel, avec des bâtiments séparés pour les différents projets et des espaces dévolus à chaque équipe de développement. Mais les gens de Disney se plaignaient de leur nouveau campus, où les équipes se sentaient isolées, et Jobs était d’accord avec ce constat. C’est pourquoi il développa le concept inverse, soit un immense bâtiment bâti autour d’un atrium central, pour encourager les rencontres.
Lui qui appartenait au monde numérique ne connaissait que trop bien les risques d’isolement, aussi croyait-il à l’importance des face-à-face. « A l’ère numérique, on est tenté de croire que les idées peuvent se développer au moyen d’e-mails ou de chats. C’est idiot ! La créativité émane de réunions spontanées, de discussions anecdotiques. Vous croisez quelqu’un, vous demandez aux uns et aux autres ce qu’ils font, vous êtes interloqué et, bientôt, vous connectez une flopée de nouveaux projets. »
Ainsi, Jobs créa le bâtiment de Pixar de manière à promouvoir les rencontres et les collaborations imprévues.

Walter Isaacson
Steve Jobs
(Page 490)
Editions JC Lattès
Steve Jobs, par Walter Isaacson
 

« Bon sang ! Bien sûr ! » Il avait redéfini le problème selon une perspective inédite et la solution était apparue d’elle-même.

Une fois le projet iPod lancé, Jobs intervint quotidiennement. Sa principale exigence était : « Simplifiez ! » Il allait sur chaque écran de l’interface utilisateur et lui faisait passer un test drastique : n’importe quelle chanson ou fonction devait être obtenue en trois clics. Et ces mouvements devaient être intuitifs. S’il ne comprenait pas comment naviguer dans telle ou telle application ou qu’il lui fallait plus de trois clics, il se montrait implacable. « Parfois, se rappelle Fadell, on se triturait le cerveau sur un problème d’interface pendant des heures, on pensait avoir envisagé toutes les options, puis il arrivait et nous demandait : « Vous avez pensé à cela? » Et alors on se disait tous : « Bon sang ! Bien sûr ! » Il avait redéfini le problème selon une perspective inédite et la solution était apparue d’elle-même. »

Walter Isaacson
Steve Jobs
(Page 445)
Editions JC Lattès
Steve Jobs, par Walter Isaacson