Rendez-vous compte mère… La chaussée d’Antin !

– C’est que vous vieillissez.
– Mais quel moyen de sortir de cette langueur ?
– Le plus court mère, c’est de mourir.
Le fils affectueux se signale ensuite par un exploit qui montre à nu la beauté de son âme : il arrache la clé que sa mère porte autour du cou avec laquelle il ouvre un tiroir du secrétaire :
– Je me suis fait avoir une fois, je ne ferai pas avoir une seconde fois…
Il s’empare du testament de la mourante :
– Étant donné que vous possédez de grands biens et craignant d’être défavorisé au profit de demi-sœurs et demi-frères bâtards voire de domestiques, si vous mouriez ab intestat – sans qu’on retrouve vos dernières volontés écrites – je serais l’unique héritier aux yeux de la loi.
La marquise aux jarretières munies de pointes de fer soupire :
– J’aurais préféré que vous teniez de votre père… Et là que faites-vous encore ?
– J’enlève ce portrait de votre mari que je vais bruler et ainsi personne ne saura plus jamais à quoi il ressemblait. J’ai fait casser à la masse les cornes e, pierre de son portail et son blason. J’ai mis le feu à ses lettres. Le roi l’a appris va m’offrir une chaussée à Paris. Rendez-vous compte mère… La chaussée d’Antin !
Et sans un mot de plus, le gros courtisan part sans attendre la mise en bière ni même la mort de sa mère.

Jean Teulé
Le Montespan
Page 326
Julliard
Le Montespan, Jean Teulé
 

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